Puisqu'on peut poster normalement, je ne me pose pas de questions et j'en profite!

Pour aller avec les marque-pages, il faut des lectures et dans ce domaine, je ne suis jamais à court. Avant l'été, j'avais décidé de faire une cure de désintoxication des polars (parce que j'aurais tendance à en abuser, et même à relire ceux que j'ai déjà lus) et j'avais choisi un certain nombre de livres pour les vacances. On m'en a offert quelques autres, j'en ai acheté encore quelques-uns au hasard de mes passages dans les librairies, je crois que c'est la première fois de ma vie que j'avais une PAL*, comme on dit sur les blogs de bibliophiles, car en général, je consomme tout de suite!

* pile (de livres) à lire

J'ai eu la main heureuse, tous les livres de ma pile me plaisent, mais j'ai une tendresse particulière pour celui-là:

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Je connaissais Geneviève Brisac comme auteure de littérature jeunesse, ma fille avait lu plusieurs "Olga". Un jour, elle était invitée d'une émission de France Inter pour parler de son livre "Une année avec mon père". Je n'ai pas écouté très attentivement et j'ai manqué une bonne partie de l'émission, mais j'ai tout de même eu très envie de lire ce livre. Et quand je l'ai eu commencé, en fait, je l'ai dévoré tellement il m'a "parlé".

Comme je n'avais pas tout entendu de l'émission et en regardant la quatrième de couverture, je pensais, à tort, que l'auteure avait accompagné son père souffrant d'une grave maladie tout au long de sa dernière année de vie, mais ce n'est pas vraiment exact. Cette année sera effectivement leur dernière année ensemble, et c'est un monsieur âgé qui se retrouve seul et que sa fille accompagne mais pas du tout un grand malade: un monsieur déterminé, diminué mais volontaire, avec ses habitudes, ses regrets, ses manies.

Parmi les nombreux qualificatifs qui me viennent à l'esprit pour parler de ce livre, le premier est certainement "juste". Juste comme dans "sonner juste". Il y a une justesse de ton qui me plaît énormément dans ce roman (qui n'en est pas tout à fait un...). Pas de pathos, pas de récit larmoyant, pas de scène déchirante ou dramatique. Geneviève Brisac dépeint avec une justesse extraordinaire cette relation particulière entre le père et la fille. Elle décrit comme personne la difficulté qu'il y a à se parler sans se blesser, les inquiétudes qu'on ne veut pas montrer, la pudeur qui empêche de se dire les choses... Elle ne verse pas non plus dans l'analyse et l'introspection à outrance. Son utilisation du présent de narration, son style concis, direct, transportent le lecteur auprès de son père, de ce monsieur vieillissant qui n'a pas abandonné entièrement son activité d'expert juridique, qui promène partout son "sac dit "mes poches"" et qui ne peut pas prolonger un week-end parce qu'il a des "dossiers à finir". On se prend d'affection pour ce monsieur qu'on devine aussi "pas toujours facile", qui tente tant bien que mal de dissimuler à sa fille ses oublis, ses trous de mémoire, ses maladresses. On se met aussi très bien à la place de la narratrice, on ressent cette dualité des sentiments, ces mouvements d'humeur dont on a honte ensuite, et cette angoisse qui sourd parce qu'on sait bien qu'un jour...

Un livre à la fois fort et pudique, un livre sincère et vrai, bref un très beau livre.