Je ne vais pas revenir sur la douloureuse défaite des Bleus vendredi, d'autant plus que j'ai dans mon entourage très proche deux personnes qui se sont levées à quatre heures du matin pour regarder le match, retransmis en direct sur une des chaînes "Sport" du bouquet satellite et qui sont allées se recoucher très déçues. L'une des deux ne s'est pas rendormie, d'ailleurs. Alors, pour se consoler, le lendemain, elles ont regardé les Wallabies piétiner les Vaillantes fleurs de cerisier, ou, si vous ne parlez pas "rugby", l'Australie laminer le Japon.

Ce n'est pas parce qu'on est une petite équipe que c'est plus facile de perdre. Alors, pour mettre du baume au coeur des Vaillantes fleurs de cerisier (c'est vrai qu'un nom pareil, c'est moins efficace que le haka pour impressionner l'adversaire), je voudrais aujourd'hui vous présenter un article que j'avais envie d'écrire depuis longtemps, pour rendre hommage au génie japonais. D'accord, le Japon n'est peut-être pas une grande nation de rugby, mais il y a des domaines dans lesquels on est obligé de lui tirer son chapeau, notamment pour les petites choses de la vie courante. J'en veux pour preuve l'onigiri.

L'onigiri, c'est, mutatis mutandis, la version japonaise de notre sandwich. Je dis notre, mais mes lecteurs d'outre-Manche n'auront pas manqué de relever que l'honorable John Montagu, quatrième comte de Sandwich, qui a donné son nom au sandwich mais n'en est pas l'inventeur, était sujet de la couronne britannique. Mais je m'égare, quoique... Revenons à l'onigiri. C'est comme un sandwich, disais-je, mais à la japonaise, donc à la place du pain, on met du riz, à la place du jambon ou du saucisson, une spécialité japonaise comme le tarako (préparation à base d'oeufs de poisson), les miettes de saumon, le kombu (une algue) ou l'umeboshi, la fameuse prune en saumure dont je vous ai déjà parlé ici. Depuis quelques années, il y a aussi des onigiri fourrés avec des préparations nettement moins japonaises, comme le "tsuna mayo" (thon mayonnaise). L'onigiri est souvent enveloppé d'une croustillante feuille de nori (algue), pour qu'il soit plus facile à prendre en main. Tout cela est quand même beaucoup plus sain que notre jambon beurre (sauf le tsuna mayo, peut-être).

Pour plus d'informations sur l'onigiri, allez voir le blog "French bento", car, par le plus grand des hasards, Mook a publié les 9 et 10 septembre deux remarquables articles sur l'onigiri. Elle vous donnera des tas d'idées pour remplir vos onigiri, si ça vous tente. Traditionnellement, l'onigiri se fait à la main. Parfois, on mélange les ingrédients au riz, et on obtient un onigiri tout pailleté, parfois on commence par tasser du riz au creux de sa paume, on place dessus la "farce" souhaitée, et on recouvre d'une nouvelle couche de riz, pour former ensuite, à la main, une espèce de boule qu'on peut ou non recouvrir de nori. même si vous ne parlez pas anglais, allez aussi voir le blog "Cooking cute", qui vous explique, en images et pas à pas, comment réaliser un onigiri à la main ou avec un moule. Il y a des gens très sérieux qui organisent des conférences sur la forme initiale de l'onigiri. Au départ, était-il rond, plutôt allongé? Actuellement, la tendance, c'est le triangulaire. Si on le fait soi-même, on peut utiliser des moules comme ceux-ci (mode d'emploi sur French bento):

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Tout comme les Français ne peuvent pas se passer de pain, les Japonais ne peuvent pas se passer de riz. A la cantine de l'école de mes enfants, il y a toujours du riz en accompagnement, même si le plat du jour est pâtes ou pommes de terre, et les Japonais en prennent toujours. Au début, les amis japonais de mon fils lui demandaient toujours: "Ben il est où ton riz?" quand il le voyaient avec son plateau soupe-spagetthi-salade. Bon, ce n'est pas plus aberrant que de manger du pain avec des pommes de terre ou des pâtes, finalement. Donc, le riz étant la nourriture de base, l'onigiri est l'en-cas de base.

A mon humble avis, rien ne surpasse l'onigiri fraîchement préparé. Notre meilleur souvenir d'onigiri, c'est à Tokyo, dans une petite échoppe ouverte sur la rue, qui proposait une bonne quinzaine de garnitures différentes. Vous choisissez votre farce (moi, c'est les oeufs de saumon que je préfère), et la dame prend le riz encore tiède dans le rice cooker, le presse, place la garniture, referme avec une couche de riz, façonne le tout et l'enveloppe d'une feuille de nori toute craquante. Ca coûte 200 yens (1 euro 30) et c'est un délice.

L'onigiri est le meilleur ami des petites faims et des imprévus, et on peut en acheter partout. Au supermarché, il se présente comme ceci:

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Dans mon cas, acheter un onigiri, c'est un peu la loterie. Hier au supermarché, il y avait cinq choix possibles, dont trois tout en kanji que je ne connaissais pas. J'ai éliminé d'emblée Tsuna mayo, au moins c'est écrit en katakana et je sais le lire, tarako est écrit en hiragana et je sais le lire aussi (c'est le rose!), donc je l'ai pris, ensuite il restait sans doute kombu, saumon et umeboshi. J'ai éliminé celui avec le kanji de l'arbre en me disant que ça devait être la prune, il m'en restait deux dont un vachement compliqué, et un avec deux kanji seulement (l'orange). Il me semblait me souvenir que le kanji avec quatre petites pattes fines en dessous était souvent utilisé pour les poissons (même s'ils n'ont pas de pattes du tout), donc j'ai pris celui-là. Surprise au déballage...

Ici, je vous demande un peu d'attention car c'est maintenant que l'ingéniosité japonaise se manifeste au grand jour. Pour moi, et pour les Japonais aussi, apparemment, un onigiri c'est meilleur quand la feuille d'algue est croustillante et pas ramollie par l'humidité du riz. Et c'est dans l'emballage de l'onigiri que les Japonais donnent toute la mesure de leur talent. Sur la base du paquet, la marche à suivre:

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Vous voyez que ce n'est pas si difficile que ça de se débrouiller avec les produits japonais, tout est en images. Passons aux travaux pratiques. Au point 1, situé au sommet de l'onigiri, tirer la languette vers le bas (comme pour ouvrir une vache qui rit):

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Une fois que la languette verticale est entièrement dégagée, on passe au point 2

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Là, on tire doucement le coin du plastique vers l'extérieur...onig6

On renouvelle l'opération au point 3 et c'est là qu'on voit le génie japonais à l'oeuvre, car en fait il y a une double épaisseur de cellophane!!! Il y en a une à l'extérieur pour emballer l'onigiri, mais aussi une à l'intérieur pour séparer le riz de la feuille d'algue, ce qui fait que le nori est parfaitement croustillant quand on déballe l'onigiri, puisqu'il n'a pas encore touché le riz:

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Il n'y a plus qu'à refermer les coins de la feuille sur l'onigiri et on peut déguster en profitant du craquant de la feuille de nori! Et c'était bien du saumon, je vais finir par retenir ce kanji...

Moi, je dis que quand on invente des trucs comme ça, on n'a plus grand chose à prouver. Surtout à des gens dont le continent a été abordé pour la première fois il y a à peine plus de 230 ans par une expédition en partie financée par .... Lord Sandwich!