Ces jours qui viennent, je vais vous parler assez souvent des traditions du Nouvel An au Japon. Il faut dire qu'elles sont tellement nombreuses qu'il va me falloir plusieurs jours pour en faire le tour.

Les Japonais aiment bien manger, et beaucoup de plats sont associés à une fête ou à une saison données. Ainsi, pas de Nouvel An sans mochi. Qu'est-ce que c'est? Comme c'est souvent le cas dans les traditions populaires japonaises, rien de très sophistiqué (ce n'est nullement un jugement de valeur) mais porteur, en revanche, d'une symbolique très forte. Le mochi, c'est une pâte de riz compacte, obtenue en pilant du riz cuit dans un mortier, qu'on appelle usu, avec un pilon (kine). On utilise un riz spécial mochi, que l'on fait cuire et qu'on pile ensuite en rajoutant un peu d'eau à intervalles réguliers, quand la bouillie commence à former une masse.

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Le "mochi-tsuki", préparation du mochi au mortier, donne lieu à de grandes réjouissances. Souvent, les écoles ou les clubs de sport organisent, avant la fin de l'année, une cérémonie au cours de laquelle les enfants peuvent se relayer pour piler le riz. C'est aussi le cas dans certains villages, dans des sanctuaires, ou d'autres établissements publics où les gens se réunissent pour préparer ensemble le mochi. La préparation peut aussi se faire en famille, mais il semble que ce soit de plus en plus rare... Le mochi est symbolique parce qu'il est fait uniquement de riz qui, jusqu'à il y a peu, était la base de la nourriture au Japon.

Sur ces images, la dame au chapeau rajoute un peu d'eau entre les coups de pilon, pour que la masse prenne et devienne bien collante. Oui, c'est un poste à risque, elle devrait porter un casque.

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On trouve du mochi toute l'année, sous forme de boulettes enfilées sur une brochette, en cubes, saupoudré de sucre glace, par exemple. Selon moi, c'est assez insipide et étouffe-chrétien, mais j'ai rencontré des Occidentaux qui aiment bien ça.

Avec le mochi du Nouvel An, on fait notamment des kagami mochi. Le kagami mochi est composé de deux boules de mochi aplaties et posées l'une sur l'autre, celle du dessous étant un peu plus grande que celle du dessus. L'ensemble est surmonté d'une sorte de mandarine qu'on appelle dadai, qui est pleine de pépins et symboliserait une nombreuse descendance (puisqu'elle contient beaucoup de petites graines!). Le kagami mochi est posé sur un petit socle, et il va constituer une offrande pour le Toshigami, le dieu de la nouvelle année, lorsque celui-ci arrivera dans la maison. Symbolique toujours, car ce qu'on demandait au Toshigami, c'était avant tout une bonne récolte de riz. De nos jours, la tradition se perpétue, et même si peu de familles font encore leur mochi, je pense que pratiquement tout le monde place un kagami mochi dans sa maison, si j'en juge par les montagnes de kagami-mochi industriels qui sont présentés dans les magasins depuis une ou deux semaines!

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Cette année, uniquement pour vous, j'en ai acheté un. C'est un petit modèle, mais je ne crois pas qu'on se battra pour avoir ce qu'il y a à l'intérieur, et puis ça nous fait une petite décoration japonaise. En fait, c'est une coque en plastique et à l'intérieur on trouve deux barres de mochi emballées dans des sachets individuels. Pour un prix dérisoire, il y avait même la mandarine en plastique et le petit paravent doré avec l'éventail à mettre derrière! Il existe de gros modèles, de plus d'un kilo, taille familiale en quelque sorte...

Selon la tradition, le kagami mochi doit être rompu et non coupé et mangé le 11 janvier, soit dans une soupe sucrée de haricots (shiruko) ou dans une soupe de légumes (o-zoni). En fait, pendant les festivités du Nouvel An, les Japonais mangent beaucoup de mochi. Et tous les ans, paradoxalement, on déplore deux ou trois décès de personnes âgées qui, dans leur empressement à déguster cette friandise, passent de vie à trépas en s'étouffant avec la redoutable pâte collante...