25 octobre 2007
Une affaire!
Il y a fort longtemps, au début de l'existence de ce blog, je vous ai parlé d'une visite au magasin de papier. Eh bien, j'y suis retournée. C'est toute une expédition, mais tous les six mois, c'est envisageable.
Leur rayon scrapbooking est toujours là, ouf. En revanche, leur politique d'approvisionnement et de fixation des prix reste un mystère pour moi... Ils ont quasiment toutes les teintes de la gamme Bazzill standard (bon, ils ne font pas les festonnés, ça, ce sera d'ici deux ou trois ans...) et ils les vendent à peine 50 centimes d'euro pièce - moins cher que chez nous, donc. En dehors de ça, un stock de Making Memories qui date de Mathusalem, et puis des Imaginisce, pas très chers non plus, même pas 80 centimes, et des Scrapbour, une marque italienne pas très connue, qu'ils vendent quasiment au double du prix des Imaginisce. Je me demande vraiment pourquoi, les Imaginisce sont beaucoup plus épais, ce sont presque des feuilles cartonnées...
Je vous l'ai déjà expliqué, le rayon scrapbooking ne représente pas une grande partie de leur activité car ils sont spécialisés dans les papiers japonais. A côté des caisses, il y a toujours un endroit où sont rassemblés tous les papiers démarqués, en solde, les fins de série... Souvent, ce sont de très grandes feuilles de washi dont je ne saurais pas trop quoi faire. Cette fois, il y avait aussi des lots déjà faits, emballés dans une pochette en plastique, pour 3,30 euros. Les feuilles étaient pliées dans des sens différents pour qu'on puisse voir ce qu'il y avait dedans. Evidemment, ça ne donne qu'une petite idée, mais je sais que les magasins japonais sont honnêtes et ne sont pas du genre à cacher des horreurs en dessous de la pile ou à plier un papier de façon à ce qu'on ne voie pas tous les détails. Ainsi, il y avait un papier qui n'était qu'une petite bande et ils l'avaient mis bien en surface, donc pas de mauvaise surprise.
Une fois à la maison, à l'ouverture de la pochette, il se confirme que c'est une affaire!
Il y a au moins quinze types de papiers différents, de dimensions très disparates, cela va de la bandelette de 3cm sur 20 à la grande feuille de washi d'un mètre de côté pliée en quatre!
Pas d'inquiétude en ce qui concerne les petites bandes, elles étaient bien exposées telles quelles au dessus du paquet et non pas glissées entre deux feuilles pour faire croire que c'était une feuille entière...
Certaines feuilles ont encore le prix d'origine dessus, et l'une d'elle représente à elle seule la moitié du prix du paquet! Il y a notamment plusieurs belles feuilles texturées comme ces deux, l'une avec des fibres dans la trame et l'autre "gaufrée cachemire", si l'on peut dire...
Et encore ces deux, l'une avec des inclusions de petites feuilles, et l'autre avec un motif de chrysanthèmes rouge et or, et surtout un beau relief.
Je l'ai dit et répété, je ne suis pas "or", mais il était dans le paquet! Et en plus, je ne sais pas pourquoi, il me plaît!
Qu'est-ce que je vais faire de ces papiers? Pour l'instant, je ne sais pas, quoique je commence à avoir des idées... le problème, c'est le temps. Pour l'instant, je n'ai pas tellement de loisirs pour scrapper. D'ailleurs, ces jours prochains, je risque de vous servir pas mal de "conserves" japonaises...vous êtes prévenu(e)s!
24 octobre 2007
Ryokan, suite
Vous en savez mainenant un peu plus sur le ryokan. Comme je vous l'ai dit, ça commence dès l'entrée:
Vous êtes attendus... Souvent, dans l'entrée du ryokan, il y a un grand panneau qui porte les noms des personnes attendues pour ce jour-là. Dans de nombreux ryokan, il y a aussi une petite plaque à la porte de la chambre, dans laquelle un papier portant votre nom aura été glissé quand vous arriverez. Selon les cas, la dame chargée de l'accueil vous offre le thé et une pâtisserie dans le hall du ryokan, ou bien dans votre chambre. De même, vous pourrez être invités à vous débarrasser de vos chaussures dans le hall, ou seulement à l'entrée de votre chambre.
Dans un ryokan, la chambre est, aux yeux d'un étranger, toujours un peu semblable. Ce sont les détails qui font la différence entre un ryokan haut de gamme et un établissement qui a connu des jours meilleurs: tatamis neufs ou déjà un peu élimés, revêtement mural impeccable ou légèrement fané, parties en bois lisses et propres ou ayant subi quelques coups, beauté de la calligraphie suspendue, arrangement floral de fleurs naturelles ou en plastique... La vue aussi est importante, dans les plus beaux ryokans, il arrive que les chambres donnent sur un minuscule jardin privatif.
La chambre est généralement meublée d'une table basse avec quatre chaises garnies de coussins, avec un dossier mais sans pieds (voir la photo ci-dessous). C'est sur cette table qu'on vous servira le repas du soir, si l'établissement pratique le service dans les chambres (cela tend à disparaître, compte tenu des coûts de personnel que cela représente). Dans l'espace près de la fenêtre, séparé de la grande pièce par une porte coulissante, se trouve une autre petite table avec deux fauteuils. C'est souvent là aussi qu'est relégué le frigo.
Dans la grande pièce, un pan de mur est habillé de portes coulissantes cachant un placard où sont stockés les futon (Excusez-moi, mais ça me semble bizarre de mettre des "s" aux mots japonais, sans doute parce que le pluriel n'existe pas en japonais!). Sur un autre pan de mur, il y a une alcôve où se trouve la télé, une lampe, et le téléphone. Dans un placard penderie où l'on peut suspendre ses vêtements, on trouve les yukata que les clients peuvent porter à l'intérieur du ryokan. En général, l'hôtel sait, depuis la réservation, quel est le nombre d'adultes et le nombre d'enfants et les yukata correspondent à vos besoins. Si ce n'est pas le cas, la nakai court en chercher une autre. Dans notre tout premier ryokan, la nakai san avait tout de suite compris que notre fils de 11 ans rechignait à enfiler la yukata modèle enfant, ornée de petites grenouilles, comme sa petite soeur. Nous sommes descendus faire un tour, et en revenant dans notre chambre, la nakai nous attendait, avec une yukata taille "S" adulte dont elle avait faufilé les manches et le bas pour qu'elle soit à la taille de notre fils... Pour une nuit!
Quand vous vous êtes familiarisés avec votre chambre et avec le ryokan, en général, c'est l'heure du dîner. On dîne tôt au Japon, quand on vous propose de choisir les horaires du dîner, c'est souvent 18h, 18h30, 19h et 19h30. Il y a généralement trois possibilités: soit vous vous rendez à la salle à manger, à la table qu'on vous indique, soit on vous conduit dans un petit salon privé, soit on vous sert dans votre chambre.
Dans tous les cas, il s'agit de respecter l'horaire, car les plats vous attendront sur la table à l'heure dite, et s'il y a des plats chauds, ça risque de refroidir si vous êtes en retard. Dîner dans un ryokan est le meilleur moyen de faire l'expérience d'une cuisine japonaise raffinée. Le repas se compose d'une douzaine de plats (les quantités sont petites, mais à force...), la présentation est somptueuse, toujours adaptée à la saison, ici en automne...
En outre, la serveuse possède une intuition infaillible pour savoir à quel moment elle doit venir rechercher les premiers plats et apporter la suite... Tout est préparé individuellement, et très souvent le principal plat chaud est un poisson ou une viande que vous faites cuire dans un bouillon ou griller vous-même. Les ryokan utilisent beaucoup de petits réchauds individuels que la serveuse vous allume. Le combustible se présente sous forme de pastille, et quand ça s'éteint, c'est cuit! Depuis trois ans, nous avons dû séjourner dans une bonne trentaine de ryokan et je peux affirmer que pas une seule fois nous n'avons dit: "tiens, on a déjà mangé ça à tel ou tel endroit". Chaque ryokan a sa spécialité et sa façon d'accommoder les produits locaux.
Dans un ryokan de bonne tenue, la directrice passe au moment du dîner, pour échanger quelques mots et s'assurer que tout va bien. Lorsque la serveuse apporte le riz, ça veut dire que la fin du repas est en vue. En général, on termine pas un thé vert, et c'est ... l'heure du bain!
Eh oui, le bain, c'est une institution au Japon, et dans un ryokan encore plus qu'ailleurs. Dans les endroits touristiques, bien souvent, le ryokan possède ses bains alimentés par une source thermale et c'est pour cela qu'on l'a choisi sur le fameux catalogue! Il y a toujours un bain intérieur et, très souvent, un bain extérieur. Certains guides parlent de "salle de bains commune" mais cette description me gêne un peu, ce n'est pas du tout ça. D'ailleurs, dans la plupart des ryokans, les chambres possèdent une salle de bains avec baignoire, que les gens n'utilisent pas, ils préfèrent les bains de l'hôtel, qui rappellent davantage un établissement de bains dans une station thermale qu'une vulgaire salle de bains. Les bains ne sont pas mixtes, il y a un bain hommes et un bain femmes. De nombreux hôtels procèdent à une rotation si le cadre des bains hommes et celui du bain femmes sont différents: le matin, c'est le bain de droite qui est réservé aux femmes, le soir c'est celui de gauche, comme cela on peut faire l'expérience des deux! On entre d'abord dans un vestiaire, on prend un panier dans un casier et on laisse ses vêtements et sa serviette dans ce panier. Ensuite, on entre dans la pièce des bains proprement dite, sans rien sur soi évidemment, vous prenez un bain en maillot, vous? Vous allez me dire, mais il y a d'autres gens? Oui, mais ils /elles ont autre chose à faire que de vous examiner, parce qu'ils/elles sont très occupé(e) à se laver!
Dans les bains, il y a tous les styles. De vastes salles fréquemment rénovées (l'eau thermale laisse pas mal de dépôts...) à l'esthétique très dépouillée en granit anthracite, des bains à la déco début des années 80, des pseudo-bains romains, des vieux bains japonais avec immense baignoire en cyprès... Chaque ryokan essaie de se singulariser, dans le premier où nous sommes allés, il y avait des pétales de fleurs à la surface de l'eau... Heureusement qu'il y a les photos des catalogues, parce que je ne pense pas qu'ils m'auraient laissé rentrer avec un appareil photo quand même... On prend place sur un des petits tabourets qu'on voit au fond, on prend une petite cuvette en bois, et on se savonne avec les produits mis à sa disposition. Devant chaque tabouret, il y a un pommeau de douche, et chacun procède à ses ablutions. C'est le paradis pour les enfants, personne pour dire "mais ne mets pas de l'eau partout!" pusique tout le monde le fait! L'eau s'évacue par des grilles prévues à cet effet. Une fois bien propre et BIEN RINCE, on s'immerge dans le bain proprement dit. C'est vrai, tout le monde utilise la même eau, mais quand on voit le soin que les Japonais apportent à leurs ablutions avant d'entrer dans le bain, on ne s'inquiète absolument pas. Non, ce n'est pas une piscine. C'est peu profond et très très chaud! D'ailleurs, on n'y passe pas des heures... Assez vite, d'ailleurs, on a un peu chaud donc on va faire un tour dehors...
A l'extérieur, le bain est plutôt intégré dans la nature. C'est toujours un bassin artificiel, mais de forme irrégulière, avec des pierres, des arbres, parfois une petite cascade, quelques ornements comme des lanternes. Même l'hiver, avec la température de l'eau, ça ne pose pas de problème d'être dans le bain extérieur. Le soir non plus d'ailleurs, puisque tout est prévu... Le nec plus ultra, c'est l'hiver en montagne, lorsque tout est recouvert de neige autour du bain...
Aucune crainte quant à l'intimité, les bains extérieurs ne sont jamais visibles d'un balcon, de la route ou de quelque endroit que ce soit.
Quand vous rentrez des bains, vous trouvez votre chambre prête pour la nuit, c'est-à-dire que les futons ont été installés, avec leurs grosses couettes par-dessus. Le futon japonais, c'est un matelas de coton très dense, plus fin qu'un matelas à ressorts chez nous, mais en aucun cas une structure à lattes comme on les vend en France! En fait, il y a aussi une sous-couche qui se glisse en dessous du futon. Vous trouverez aussi une thermos d'eau chaude, si vous voulez encore vous faire un thé avant de vous coucher.
Après une bonne nuit de sommeil, vous pouvez éventuellement retourner aux bains avant ou après le petit-déjeuner, parfois servi dans la chambre, mais plus rarement que le dîner. Ensuite, c'est le moment de faire ses bagages, et de quitter l'hôtel, devant le personnel au garde à vous et la nakai qui fait au revoir de la main...
Nous sommes devenus des inconditionnels des ryokan. Pour l'accueil, la nourriture, les bains, l'ambiance en général. Nous avons eu des ryokan superbes, décorés avec énormément de goût. Nous avons eu des ryokan moyens, qui pourraient s'accomoder d'une petite rénovation, mais il y a toujours, partout, un ou plusieurs détails qui rendent le ryokan unique et le séjour agréable.
Je crois que ce que nous aimons, dans un ryokan, c'est le confort, la possibilité de se mettre à l'aise quand on arrive dans sa chambre, de se promener en chaussons et yukata sans devoir se changer pour dîner, la prévenance, les multiples attentions dont le personnel vous entoure... Du coup, le commentaire de Patou hier m'a fait sourire, elle trouve que cela fait trop de prévenances. Je connais des gens ici, dont par charité je tairai la nationalité, qui disent: "moi, je ne vais pas payer ce prix là pour aller dormir par terre et manger du poisson cru". C'est une opinion défendable, bien que, du poisson, même cuit, ils n'en mangeraient pas... Alors, dormir sur un futon... Visiblement, ce qui représente trop d'égards pour certains n'est pas encore assez pour d'autres!
Chouette, j'y retourne le week-end prochain!
22 octobre 2007
Scrap au Japon
L'une de vous m'a demandé si le scrapbooking était populaire au Japon. Je crois pouvoir affirmer que ... non. Pourtant, les Japonais font beaucoup de photos, mais je ne sais pas s'ils les conservent. Il faut dire que toutes celles qui sont prises à bout de bras avec un téléphone portable, et elles sont légion, ne méritent peut-être pas les honneurs d'un album. Les photographes bien "équipés", ceux qu'on voit crapahuter avec un trépied sur l'épaule et trois objectifs en bandoulière à l'époque de la floraison des cerisiers et des feuillages d'automne ont dans les 70 ans de moyenne et je ne suis pas sûre que le scrap les intéresserait beaucoup... Les seules photos que les gens ont l'air de conserver, ce sont les photos d'enfants et les photos de mariage.
De ce fait, les rares magasins qui proposent des articles de scrapbooking ont une gamme principalement axée sur ces deux thèmes. Déjà, ce n'est pas facile à trouver. Trois des grands magasins de Nagoya spécialisés dans l'équipement de la maison, les loisirs créatifs et la décoration possèdent un rayon scrapbooking qui vend en grande majorité des produits américains (Making Memories pour la plupart). Bizarrement, le grand supermarché près de chez moi, qui ne bénéficie pourtant pas du passage de la clientièle plus "branchée" du centre ville, a un rayon loisirs créatifs qui a pas mal de produits Doodlebug.
Enfin, qui a les mêmes produits Doodlebug depuis des années et qui s'évertue à les écouler. Malgré mon concours des plus actifs, il n'y réussit pas vraiment. Du coup, ils ne font jamais rien rentrer de nouveau puisqu'ils n'arrivent pas à écouler le stock. En ce moment, je suis en train de racheter petit à petit tous leurs brads et alphabets Doodlebug qui, à force de démarques successives, finissent par devenir plus qu'abordables!
Dans tous ces magasins, bien sûr, on trouve aussi des articles de papeterie comme des perforatrices ou des tampons, qui peuvent aussi servir pour le scrap. Il y a quelques marques japonaises, comme Kuretake ou Paper Intelligence, qui font des plaques de stickers ou des découpes de papier très fines, qui peuvent bien dépanner pour une page. Je ne sais pas si vous savez que les encres Versamark sont japonaises, c'est Tsukineko qui fait ça.
Bien peu d'articles typiquement japonais conçus pour le scrapbooking, donc, à part ça:
Malheureusement, cela ne me convient pas, ma princesse a passé l'âge, elle s'habille en kaki chez Quiksilver...
Ca, ça ne va pas non plus, chez nous c'est la famille entière qui souffre d'allergie à Kitty Chan...
Les plus observatrices auront remarqué que c'est une conception du scrap qui date un peu...
Heureusement, il reste les beaux papiers japonais, washi et autres sur lesquels on peut se rabattre. Ils ne sont pas toujours faciles à assortir ni même tout simplement à manier et à travailler, à cause de leur texture, mais ils permettent de réaliser des pages "japonaises" un peu différentes quand même...
18 octobre 2007
Un coup de tampon
A propos de ma page "Ise", Valérie me demandait à quoi servait ce tampon et craignait que la réponse ne soit "à tamponner". C'est exact, on trouve au Japon comme en Europe ou aux États-Unis des tampons pour les loisirs créatifs, qu'on peut utiliser pour décorer des cartes, des albums (photo ou non) ou des tissus. C'est à l'époque de la préparation des cartes de Nouvel An qu'on trouve le plus de tampons ici, mais comme je l'ai expliqué dans mon article "Meilleurs voeux", ils sont quasiment tous liés à l'animal de l'année. Autrement, les rayons comportent environ 60% de très petits tampons avec des tout petits motifs et des personnages type Pikachu, que les adolescentes utilisent dans leurs albums, journaux secrets et autres, 20% de motifs floraux et inscriptions style "Thank you" et "Happy Wedding" (en anglais pour la plupart...) et les 20% restants, qui sont ceux qui m'intéressent, sont des tampons représentant des motifs traditionnels japonais, soit des motifs très géométriques et répétitifs, soit des objets comme les éventails, comme sur la page Ema.
Cependant, les Japonais utilisent énormément les tampons et la grande majorité d'entre eux ne sont pas décoratifs. En fait, tous les Japonais ont leur sceau, qu'on appelle "hanko". Ce sceau se présente comme un petit tampon cylindrique qui se glisse dans un étui (n'allez pas vous imaginer que tout le monde se promène avec une bague et de la cire à cacheter...) et est utilisé pour signer les documents. Le sceau comporte en général les caractères qui forment le nom de la personne, le tout dans un petit cercle qui ne doit même pas faire un centimètre de diamètre. Quand on doit signer un document, on sort son sceau et hop, un coup de tampon. Voici l'étui fermé:
Et l'étui ouvert, avec le sceau cylindrique et le tout petit encreur rouge:
La tête du sceau ressemble à ça:
Les Japonais utilisent leur sceau comme nous signons. Au moins, on ne risque pas d'invalider leur signature parce qu'elle n'est pas identique d'un document à l'autre. Oui, mais... Ce que je ne m'explique pas, c'est qu'il y a au Japon des tas de gens qui portent le même nom! Il y a eu très peu d'influences étrangères dans l'archipel, donc on ne trouve pas couramment, comme en France, des noms venant des pays voisins. On ne peut vraiment pas parler de diversité patronymique, d'autant moins que la grande majorité des noms de famille sont des composés de noms de lieux et d'indications géographiques: yama (la montagne), kawa (la rivière) ta/da (la rizière) mori (la forêt), mura (le village), shima (l'île) et o (grand), naka (du milieu), ue (en haut), etc. Les combinaisons possibles sont multiples, mais certainement pas illimitées. De ce fait, il y a des dizaines de milliers de Yamada et de Nakamura au Japon.
Revenons à nos sceaux. On peut se faire faire sur commande un sceau de grande qualité, et ce même si on n'a pas un nom japonais d'ailleurs. Un étranger peut se faire faire son sceau en katakana et l'utiliser valablement. Les sceaux fait sur mesure sont théoriquement tous "uniques" et ce même pour des gens dont les noms s'écrivent avec les mêmes kanji. Des dizaines de milliers de Yamada tous différents?
Mais ce que je trouve renversant, c'est que tous les grands magasins en vendent des "tout prêts" avec les noms les plus courants. En effet, ils sont sûrs qu'ils vendront Suzuki, Morita, ou Kitamura sans difficulté. Quoi de plus simple donc, que d'acheter un sceau au nom de quelqu'un d'autre pour s'en servir à des fins discutables? C'est bien plus facile que d'imiter une signature. Apparemment, ça ne pose pas de problèmes, parce que ces sceaux fabriqués en grande série servent plutôt à parapher des documents. Pour les documents très importants, il faut utiliser un sceau qu'on aura au préalable fait enregistrer, et si j'ai bien compris, il faut présenter le document qui prouve l'enregistrement. Le système a l'air de fonctionner sans heurts notables.
Néanmoins, il faut faire très attention à ne pas perdre ou se faire voler son sceau parce qu'il sera alors très difficile à la victime de prouver que ce n'est pas elle qui l'a apposé. De même, en cas de mésentente entre conjoints, et notamment si l'un des conjoints est étranger, le sceau doit faire l'objet de la plus grande vigilance. Un site web de conseil juridique aux étrangers met les époux ou épouses non japonais expressément en garde, si ça tourne au vinaigre, ne quittez pas votre sceau des yeux, car si votre conjoint s'en empare, il ou elle peut vider le compte en banque, vendre la maison et faire adopter les enfants par un autre membre de la famille!
16 octobre 2007
Prochainement...
Très bientôt, au Japon, nous allons assister à des scènes dans ce genre:
Des gens qui font la queue,
qui préparent leur appareils photo,
et même qui se bousculent pour mieux voir! Toutes proportions gardées, bien sûr, nous sommes au Japon quand même.
Et pourquoi tant d'empressement et d'effervescence?
Pour voir ceci, par exemple:
Ou encore ceci, si on aime les détails:
Ou cela, pour ceux qui n'aiment pas le rouge.
Eh oui, ça commence la semaine prochaine, si on en croit la carte publiée sur le site internet de l'agence météorologique japonaise. L'agence met déjà à la disposition du public une carte de la floraison des cerisiers au mois de mars, et au mois d'octobre c'est une carte des feuillages d'automne.
J'en profite pour protester énergiquement. Cette carte ne montre que la région du Kanto, c'est-à-dire les alentours de Tokyo! C'est un scandale! Et les gens du Tokai, du Kinki ou de Tohoku, ils n'ont pas le droit de savoir quand ils pourront profiter du spectacle, alors? Pour les cerisiers, la carte montre tout le Japon, et elle est mise à jour toutes les semaines. Il y a là une différence de traitement que je ne m'explique pas... Je ne m'inquiète pas trop, cependant, ce n'est pas pour ça qu'il y aura moins de monde cette année pour aller admirer les érables...
13 octobre 2007
Meilleurs voeux
Vous êtes surpris par le titre de ce message? Vous vous me demandez ce que cela vient faire ici? Eh bien, si vous étiez au Japon, vous verriez qu'il est grand temps de s'en préoccuper.
Le Nouvel An est une des trois grandes périodes festives de l'année au Japon, peut-être la plus importante des trois. Comme c'est souvent le cas, le Japon a fait un compromis entre l'Orient et l'Occident: l'année japonaise démarre le 1er janvier, mais les Japonais suivent la tradition des années du zodiaque chinois. En 2008, ce sera donc l'année du rat, ou plutôt de la souris, pour ne pas mécontenter ma fille. Il se trouve que son signe dans le zodiaque chinois est justement le rat, qu'elle préfère considérer comme une souris. Moi, je suis serpent, alors, qu'est-ce que je devrais dire!
Une famille japonaise moyenne envoie au moins une centaine de cartes de voeux pour le Nouvel An, assez souvent, davantage. Il est donc recommandé de s'y prendre à l'avance. De toute façon, ces cartes ne sont généralement pas sous enveloppe et se présentent comme de simples cartes postales. Il n'y a donc pas beaucoup de place pour écrire dessus et on se contente d'une simple formule et d'une signature. En revanche, on peut les poster dès le début décembre, car la Poste les reconnaît tout de suite et les conserve à part pour ne les distribuer qu'à partir du 1er janvier. Il ne faut surtout pas que le destinaitaire les reçoive avant cette date! Ce jour-là, on reçoit en principe un gros paquet retenu par un élastique contenant toutes les cartes qui vous sont adressées. Il existe des règles à connaître, ainsi une famille dans laquelle il y a eu un décès pendant l'année n'envoie pas de cartes de voeux, et ne doit pas en recevoir non plus.
Mi-octobre, les supermarchés, grands magasins et papeteries commencent à vous présenter leurs catalogues de cartes de voeux. Il y en a pour tous les goûts, et l'animal de l'année est évidemment à l'honneur:
Des motifs traditionnels japonais sur lesquels on retrouve la souris, bien entendu,
des choses plus graphiques, peut-être?
ou alors plus humoristiques ou plus colorées? De toute façon, si vous ne trouvez pas votre bonheur, c'est que vous êtes difficile. On peut commander ces cartes par paquets de 10, 20, 30, 40, 50, jusqu'à 100 et 200! Evidemment, avec les quantités que les Japonais envoient, ils ne vont pas s'amuser à choisir une carte pour les Yamamoto, celle-ci pour la tante Atsuko, plutôt celle-là pour le cousin Hiroshi... Le temps qu'elles vous soient livrées et que vous les ayez toutes écrites, vous voyez bien qu'il faut s'y mettre de bonne heure...
Un dessin plus stylisé peut-être, pour cette année?
Ou quelque chose de japonais mais sans chinoiseries? A moins que vous ne préfériez rester dans le traditionnel, style calligraphie à la brosse et à l'encre?
Quelle que soit l'année, il est rare que les créateurs de cartes ne trouvent pas un personnage de dessin animé à mettre sur les cartes de voeux, d'ailleurs nous voici à la page Disney du catalogue. Quelle chance pour cette nouvelle année, Mickey est justement une souris!
Certains catalogues ont même fait appel aux nouvelles stars des studios d'animation:
Et enfin, bien qu'il ne soit pas une souris et que l'année de l'ours n'existe pas dans le zodiaque chinois, cette année encore, on n'échappera pas à :
Parallèlement au marché des cartes à commander sur catalogue, il existe aussi un marché florissant de cartes à faire soi-même. Pour l'occasion, on trouve un choix inoui de tampons que l'on ne revoit jamais par la suite. Seul bémol, tous ces tampons ont pour thème l'animal de l'année, donc ces tampons sont assez peu susceptibles de servir à nouveau plus tard sauf si l'on est un collectionneur acharné de souris, de singes ou de serpents, ou une scrappeuse spécialisée dans les pages zoologiques...
11 octobre 2007
Dans la lune
Au Japon, septembre et octobre sont considérés comme des mois propices à l'observation de la lune. A cette époque en effet, la température a commencé à baisser un peu, l'humidité est moindre et le ciel est plus clair. Les Japonais ont importé de Chine la coutume de la fête de la lune et l'ont un peu adaptée... Ainsi, la tradition de "Tsukimi", en japonais "regarder la lune", est observée la quinzième nuit du huitième mois (en japonais "juugoya") et la treizième nuit du neuvième mois de l'ancien calendrier lunaire, soit le 25 septembre et le 23 octobre cette année, qui sont des nuits de pleine lune. Certains pensent que la lune d'octobre est plus belle que celle de septermbre... En Chine, en revanche, cette fête a lieu uniquement le 25 septembre.
Naoko Mc Queen, professeur de japonais à l'école internationale de Nagoya, a réalisé pour cette fête une superbe présentation pour faire connaître à tous cette tradition:
O tsukimi est une célébration très paisible au Japon, alors qu'il s'agit je crois d'une fête plus colorée en Chine. Les familles japonaises qui respectent cette tradition dressent dans leur maison un petit autel comme celui-ci:
Traditionnellement, pour le tsukimi, on dispose sur un petit autel des offrandes composées de choses rondes, en hommage à la lune. Les plus courantes sont des boules de pâte de riz qu'on appelle "tsukidango", mais on peut aussi mettre des fruits de saison tels que les raisins ou les kakis.
Pour compléter le décor, on place dans des vases de "susuki" (il s'agit de Miscanthus sinensis, c'est de la famille de ce qu'on appelle chez nous l'herbe de la pampa) car ils sont censés attirer les dieux. A o-tsukimi, on se contente d'admirer la lune et de remercier la nature de nous offrir ce spectacle.
Et puis, étroitement associée à la lune au Japon, il y a l'histoire du lapin. Tous les peuples ont toujours été attirés par les lunes, chacun voyant dans ce qui est visible de la lune quelque chose de particulier. Apparemment, beaucoup de contes africains y placent un crapaud ou une grenouille. Pour les Japonais, c'est un lapin, et pas n'importe quel lapin, un lapin qui pile au mortier du riz cuit pour en faire les fameux gâteaux de riz...ceux de o-tsukimi:
Cette tradition d'observation de la lune est attestée depuis l'époque Heian (794 à 1185) au Japon. C'était alors un divertissement très prisé parmi les nobles de la cour impériale qui, pour l'occasion, se livraient à des joutes poétiques et musicales en l'honneur de l'astre de la nuit.
A partir de l'époque Edo, soit après 1603, le Japon a été unifié et pacifié. Les seigneurs avaient désormais tout loisir de s'adonner à des occupations plus pacifiques que l'étripage en série de leurs rivaux, et eux aussi se sont mis à admirer la lune. Si l'on regarde, par exemple, le château de Matsumoto, le plus ancien château féodal du Japon, construit au XVI e siècle, on peut remarquer de l'extérieur qu'une pièce a été rajoutée. On la voit sur cette photo, c'est celle qui a le balcon rouge.
C'est la pièce d'observation de la lune, qui a été construite en 1630. A cette époque, le château était devenu une résidence de seigneur plutôt qu'un édifice militaire, et le propriétaire des lieux se devait d'avoir sa salle de "tsukimi". Voici d'ailleurs un détail de son balcon, de style chinois très en vogue à l'époque:
Encore une dernière vue du château de Matsumoto derrière un rideau de susuki....
Si vous voyez la pleine lune ce mois-ci, pensez à lui faire une petite offrande...
08 octobre 2007
Lumière
Je vous ai déjà parlé ici, mais c'était au mois de mars, de lumière et de papier. Nous avions alors tout juste découvert la petite bourgade de Mino, qui était, entre le dix-septième siècle et la fin du dix-neuvième, l'un des plus grands centres de papier washi du Japon. Pour fabriquer du washi, il faut des fibres de mûrier et beaucoup d'eau. Mino se situe dans la préfecture de Gifu, où poussaient des mûriers, et la petite ville se trouve sur les berges de la rivière Nagaragawa qui fournissait aux papetiers de l'époque toute l'eau nécessaire pour exercer leur activité. A l'époque, Mino a connu la prospérité grâce au washi.
Aujourd'hui, c'est une petite ville somnolente, dans laquelle subsistent plusieurs maisons de l'époque Edo extrêmement bien préservées. La municipalité semble encourager l'activité artisanale liée au papier et, s'il ne reste plus que deux papetiers qui travaillent "à l'ancienne", c'est-à-dire en fabriquant le papier à la main et en le faisant sécher au soleil, on trouve en ville plusieurs magasins de papier artisanal et des galeries d'art exposant des objets en washi. Mino n'en est pas pour autant devenue un de ces pièges à touristes remplis de magasins de souvenirs aux couleurs criardes où les groupes défilent entre deux autobus. Les maisons ont été restaurées avec un véritable souci d'esthétique et les aménagements urbains du petit centre ville sont d'une qualité rare au Japon, où l'on vous fournit généralement toutes les commodités nécessaires mais sans se préoccuper de leur intégration dans l'environnement.
Depuis 14 ans, Mino organise début octobre le festival "Akari arto", l'art de la lumière. Il s'agit en fait d'un gigantesque concours de luminaires en papier washi. Il est ouvert à tous, petits et grands, artistes professionnels ou particuliers, Japonais ou étrangers. Pendant tout le week-end, les oeuvres présentées pour le concours sont exposées dans les petites rues de Mino, où le public peut les admirer. Dès que la nuit tombe, tout s'éclaire et on peut les contempler jusqu'à 22 heures.
Le festival de Mino, c'est aussi une organisation irréprochable, à la japonaise. Du parking de dissuasion installé à la sortie de l'autoroute, des navettes gratuites vous conduisent au centre ville, entièrement piétonnier pour l'occasion (on vous reconduira au parking ensuite). Tous les corps constitués de la petite ville sont sur le pied de guerre: les collégiennes, organisées en brigade, sont chargées de récolter les déchets et de vous indiquer le chemin.
A différents endroits sont installés des stands qui vendent des brochettes, de grillades (de seiche, ici), des nouilles, des pommes au caramel, pour que les visiteurs ne meurent pas de faim.
La fête peut commencer, dans les petites rues de Mino.
Il est à noter que toutes ces oeuvres extrêmement délicates et fragiles, même si le washi est paraît-il le papier artisanal le plus solide du monde, sont exposées dans la rue, sur leur socle, et qu'on peut les toucher librement. Pas une seule n'était dégradée à la fin du festival, et pourtant les gens s'accroupissent, les effleurent, parfois les tournent un peu pour prendre leur photo, puis les remettent respectueusement en place. Aucune présence policière non plus dans les rues, on se demande bien à quoi elle servirait...
Les photographes entrent en action. Moi, j'ai le mien, qui s'est balladé pendant quatre heures avec tout son matériel sur le dos et sans qui vous ne verriez pas tout ce que vous allez voir.
Le rose attire le rose...
Ici, des luminaires colorés réalisés le plus souvent par des classes ou par des écoliers:
Nous sommes arrivés en fin d'après-midi et avons commencé par faire un premier tour de l'exposition. D'après les numéros, il y avait plus de 600 pièces exposées.
La créativité des exposants ne connaît pas de bornes. Nous ne connaissons pas exactement les règles du concours, mais il semble que toutes les matières soient permises en plus du papier washi. Le plupart des oeuvres ont des armatures en bambou ou en fil de fer, mais certains créateurs ont aussi eu recours au fer forgé, au plexiglas ou à d'autres matériaux. Nous avons tous été séduits par l'ingéniosité poétique de cette lampe:
L'oeuf est allumé, et l'oiseau a les ailes déployées. Quand on abaisse le levier en bambou...
...les ailes se referment et l'intensité lumineuse diminue. Au bout de la course du levier...
La lampe est éteinte et les ailes se sont refermées.
Justement, la nuit tombait, et nous avons alors refait ce tour dans l'obscurité, où tout change car la plupart des oeuvres acquièrent une toute autre dimension lorsqu'elles sont allumées.
Comme en témoigne cette coupe à fruits, version jour/nuit.
Ce sont maintenant les oeuvres illuminées qui guident les pas des visiteurs:
Et qui les poussent à s'intéresser de près aux détails que la lumière met en valeur, qu'il s'agisse de la filigrane du papier...
des découpes pratiquées...
du travail sur la texture...
Non, ce n'est ni du crochet, ni de la vannerie, j'ai touché, c'est toujours du papier!
Les motifs dessinés à l'aide de petits bouts de papier roulés en cylindres sont également souvent utilisés:
Ce cube, par exemple, changeait du tout au tout selon qu'on le voyait en plein jour ou éclairé, la nuit. Je précise qu'il n'y a aucun relief, c'est "juste" un cube entièrement fermé et couvert de papier, mais tout repose sur les différentes couches de papier repliées et collées avec des épaisseurs variables, ce qui donne une impression de relief avec la lumière. Sans doute l'oeuvre d'un prof de maths passionné par la géométrie...
Les artistes de l'Akari arto ont des sources d'inspiration diverses. Certains ont réalisé des lampes de forme géométrique, très sobres mais où tout est dans la texture du papier:
D'autres ont privilégié le travail en relief du papier:
Certains se sont inspirés de la nature et ont opté pour une représentation figurative d'animaux (c'est pour Jacqueline!) :
Peut-être de leur animal domestique...
...avec cet extraordinaire souci du détail:
Ou encore de fleurs:
D'autres ont combiné les deux, formes abstraites et géométriques certes,
mais agrémentées de motifs floraux. Je précise qu'ici chaque carré de washi placé sous chaque fleur a été roussi à la flamme...
Encore un dernier avant de se quitter...
Nous ne savons même pas qui a gagné et, pour tout dire, ça ne nous intéressait pas tellement car toutes les réalisations avaient leur charme. D'ailleurs, beaucoup d'oeuvres recevaient des prix et je ne suis même pas sûre que le jury désigne un seul gagnant, car les oeuvres concourent dans de nombreuses catégories.
Bon, alors, cette fois, vous n'allez pas pouvoir vous plaindre qu'il manque le son. Quant aux critiques, réclamations ou autres commentaires relatifs aux photos, ce n'est pas à moi qu'il faut les adresser!
06 octobre 2007
Taiko
Merci encore pour tous vos petits mots d'hier. C'est Cath et Valérie qui ont raison pour le décalage horaire. Le soleil se lève à l'Est, donc d'abord chez moi, ensuite il passe à l'Europe et l'Amérique le voit en dernier. Voilà pourquoi la Madricaine n'est pas encore tout à fait en week-end et pourquoi Valérie se lève quand je vais me coucher!
Rassurez-vous, même si vous avez un faible pour Winnie ou Kitty (et même pour les deux), je vous parle encore car vous me laissez de si gentils commentaires que c'est un plaisir de vous lire tous les jours.
Mais aujourd'hui, nous changeons complètement d'univers ... il y a très longtemps, je crois avoir dit sur ce blog que les Japonais étaient capables du meilleur comme du pire et que les contrastes étaient très forts ici, certainement beaucoup plus marqués que chez nous, à mon avis. Ainsi, certaines coutumes ou traditions restent profondément ancrées dans le quotidien des Japonais bien qu'ils vivent à l'heure de l'internet mobile et des Shinkansen. C'est le cliché bateau: le Japon, entre tradition et modernité, mais pourtant oui, c'est comme ça.
Hier, j'ai assisté à une représentation de taiko. Ce n'était pas la première fois, mais c'est toujours aussi impressionnant. Le taiko, c'est un tambour japonais, ou peut-être faut-il dire les taiko, car il en existe différentes sortes. C'est surtout par leur taille que les taiko se distinguent les uns des autres. Le taiko est un instrument traditionnel japonais très ancien, sans doute introduit au Japon aux alentours du VIe siècle depuis la Chine ou la Corée. Le Japon a été très influencé par la Chine et la Corée à peu près jusqu'au Xe siècle, puis ces influences se sont atténuées et le Japon a poursuivi son évolution de manière plus autonome. Le taiko a lui aussi évolué d'une manière spécifiquement japonaise et il a toujours été très présent dans la culture japonaise.
Il existe énormément de groupes de taiko au Japon, on en dénombrerait aujourd'hui plus de 8000. Le plus célèbre est le groupe Kodo, originaire de l'île de Sado, qui a acquis une renommée internationale et fait des tournées dans le monde entier depuis des années.
Un spectacle de taiko vous prend aux tripes, je ne trouve pas d'autre expression. Tout repose sur le rythme et les percussions, le seul autre instrument présent étant la lancinante petite flûte japonaise. C'est assez étonnant de voir des Japonais, ordinairement si réservés, se donner à fond en tapant sur ces tambours. Le battement monte en intensité, décroît, reprend, les bras ne cessent de s'agiter, une grêle de coups s'abat sur le cuir tendu, le grondement est de plus en plus fort. Avec un ensemble parfait, les percussionnistes poussent un cri, généralement juste une syllabe, et puis le rythme change pour repartir sur un autre tempo, une autre chorégraphie.
Le groupe que nous avons vu était en formation "restreinte", ils n'étaient que six au lieu de dix-sept en général. Mes photos ne sont pas bonnes parce que le spectacle était en salle (souvent, c'est à l'extérieur) et que je n'avais que le plus petit de nos appareils numériques, pas assez rapide car, par définition, le joueur de taiko est toujours en mouvement.
Ici, on peut quand même voir les trois sortes de taiko présentés par le groupe, le grand au fond à droite (qu'on retrouve dans les sanctuaires), les moyens et les deux petits dont on peut changer la sonorité en réglant les cordes qui les entourent.
Ici, le percussionniste va entrer en action.
Ce qui frappe aussi, c'est l'ensemble parfait de la chorégraphie et l'impression de force brute, quasiment primitive qui se dégage du spectacle, alors même que beaucoup des percussionnistes sont des femmes. Physiquement, l'exercice a l'air d'être très exigeant aussi.
Deux meilleures photos, qui ne viennent pas du même spectacle:
On revoit les deux tambours moyens et le petit tambour à cordes:
Le groupe nous a aussi présenté la danse traditionnelle du lion, souvent exécutée dans les célébrations religieuses. Il y a deux personnes dans le lion, d'où les quatre pieds....
Un autre personnage, costumé en vieille dame, vient agacer le lion. Comme souvent en Asie, cette danse est destinée à chasser les mauvais esprits.
Pour finir, comme une bonne Japonaise, j'ai pris mon assiette de hors d'oeuvre en photo, elle au moins, elle ne bougeait pas!
05 octobre 2007
Obsession nationale
Avant tout, remettons les pendules à l'heure! En gros, si vous ne me lisez pas des îles Marquises, de Nouvelle-Zélande ou de l'Est de l'Australie, j'aurai toujours sept heures d'avance sur vous en Europe, et même huit à partir de la fin du mois, car le Japon ne change jamais d'heure. Si vous êtes aux Etats-Unis, j'ai encore plus d'avance, + 13 heures par rapport à la Madricaine à Cincinatti et + 16 heures sur Valérie la Californienne. Hier jeudi (soit avant-hier mercredi pour elle!) La Madricaine a lu mon message à 21h 15 chez elle et il était déjà 10 h 15 , jeudi matin pour moi. Et les Européennes non sujettes aux insomnies dormaient du sommeil du juste car il était 3h15 du matin.
Je ne sais pas si vous avez tout compris, moi, en tout cas, il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas au Japon. Ca n'a rien à voir avec la langue, que je ne comprends pas beaucoup plus, d'ailleurs, mais il ne se passe pas un jour sans que je m'interroge sur la raison d'être de tel ou tel objet, l'inexplicable absence de tel ou tel autre, ou le motif de tel ou tel comportement. Parmi les questions que je me pose, je pourrais citer, pêle mêle, pourquoi ne trouve-t-on pas d'enveloppes autocollantes ni de nappes en papier, pourquoi le croisement en bas de chez moi a-t-il des feux tricolores sur l'axe est-ouest mais pas sur l'axe sud-nord (oui, au début, ça surprend, surtout quand on est sur l'axe dépourvu de feux).
Et puis, aussi, comment font les voitures des étages du haut pour descendre?
C'est vrai ça, voici plus de trois ans que j'habite ici et je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à la descente!
Parmi ces mystères que je n'éluciderai sans doute jamais, il en est un qui me semble encore plus insondable que les autres, c'est l'affection, voire la passion, que les Japonais vouent à ...Winnie l'ourson. Bon, c'est entendu, les Nippons aiment tout ce qui est "cute" et "kawai", ils adorent les animaux qui ont des caractéristiques humaines (je vous en ai déjà parlé) et ils ont donc accueilli Walt Disney à bras ouverts. Ils ont également créé quelques personnages de leur cru, comme la célébrissime Kitty chan (Hello Kitty), toute dégoulinante de rose à paillettes et de mièvrerie. Vous l'aurez compris, Kitty chan m'insupporte au plus haut point.
Comme dit une amie française qui vit ici depuis presque vingt ans, au Japon, on reste petit très longtemps. Rien d'étonnant à ce que l'employé de la banque vous tende un stylo Snoopy pour signer votre ouverture de compte, ou que l'agence de voyages vous remette vos billets dans une enveloppe à l'effigie de Marie des Aristochats.
Mais dans le cas de Winnie, cela tourne à l'obsession. Qu'il soit omniprésent sur les boîtes à bento, les couverts et les petites serviettes destinées aux enfants, je veux bien.
Idem pour la gourde que tout élève de l'école primaire porte autour du cou:
Mais est-il un domaine de la vie quotidienne au Japon où l'on soit à l'abri de l'envahissant plantigrade?
Visiblement pas dans la cuisine...
Pas plus que dans la salle de bain. Le coin couture peut-être?
Pas de chance, l'ourson bouton d'or squatte aussi les machines à coudre. C'en est trop, il faut prendre l'air.
L'ennui, c'est que les automobilistes aussi adorent Winnie:
A l'extérieur du véhicule...
Comme à l'intérieur...
Car ici, on peut donner à sa voiture le "total look" Winnie. Evidemment, dans ce cas, il vaut mieux ne pas être allergique aux acariens...
Je serais curieuse de savoir combien de peluches de Winnie l'ourson sont vendues par an au Japon, parce qu'on en retrouve dans les endroits les plus inattendus. L'autre jour, nous sommes allés à la mairie faire renouveler notre carte de séjour. Et là, au-dessus du comptoir, entre deux écriteaux vous demandant de prendre un ticket s'il vous plaît et de bien vouloir vous abstenir de fumer, trônait un énorme Winnie en peluche! Les éboueurs aussi sont très attachés à Winnie, qui décore souvent aussi bien leur planche de bord que l'arrière de leur benne à ordures.
Qu'on le veuille ou non, le petit ours rondouillard est incontournable au Japon. Moi non plus, je ne peux pas y échapper. La semaine dernière, j'ai donné mon cours de français hebdomadaire à mes trois charmantes élèves qui, je le précise, ont dépassé la cinquantaine, et elles m'ont remis l'argent du cours dans cette enveloppe...






























































































