26 mars 2008
Le meilleur au quotidien
Vivre au Japon, c'est facile et agréable. Les mauvaises surprises sont rares et la qualité du service élimine un certain nombre de sujets d'énervement. En plus, un des charmes du quotidien au Japon, ce sont toutes ces petites choses qui se font encore comme chez nous il y a trente ans, vendeur de gyoza ou réparateur de vélos qui fait sa tournée dans le quartier avec son haut-parleur, enfants qui vont à l'école tout seuls, ou encore des gens qui marchent sur le bord de la route le soir avec une lampe torche... Un mélange, donc, d'impressions générales et de jolies images:
Pour mon mari, c'est surtout:
La qualité du service en général (restaurant / station service / magasins / hôtel / poste / …parking…). Il va falloir reprendre l'habitude de rappeler les gens trois fois pour obtenir ce qu'on a demandé, de repasser derrière pour être sûr que le travail a été fait comme on le voulait...on a déjà commencé!
La sécurité en tout lieu et à toute heure
Le calme dans le train ou les avions (ils dorment tous)
Les petits camions SUZUKI, HONDA ou DAIHATSU avec un petit couple de Japonais centenaires tout secs au volant sur une petite route au milieu des rizières.
Le costume des enfants du primaire avec leur petit chapeau jaune qui vont deux par deux en se tenant la main sur le chemin de l’école
Les agitateurs de drapeaux sur les chantiers
La promenade de la garderie à côté de chez nous, avec ceux qui ne marchent pas encore dans une grande poussette et les plus grands qui se tiennent à des anneaux accrochés de part et d'autre d'une longue corde
Un onigiri encore tout chaud avec des ikura (œuf de saumon) et une feuille croustillante de nori (algue)
Le bébé de Chiho-san
21 mars 2008
Ce qui m' a énervé
Je vous avais dit que mon mari avait rédigé des tas de listes avec différentes catégories, après ce qu'il n'a pas aimé et ce qui l'a amunsé, voici ce qui l’a énervé :
1/ La réponse à tout : OUI : qui veut simplement dire : Oui j’ai écouté ce que vous m’avez dit mais cela ne signifie pas que j’ai compris et que je vais faire ce que vous me demandez (Attention, ça, c'est uniquement quand on demande quelque chose d'exceptionnel, en général le service est irréprochable. Nous nous en apercevons un peu plus au fur et à mesure que le départ approche, on ne compte plus les coups de fil en Belgique pour réclamer des choses qui sont censées être faites depuis quinze jours, mais qui ne le sont pas!)
2/ Les reniflements permanents et bruyants partout de tous les enrhumés et allergiques qui ne connaissent pas les mouchoirs (au Japon, il est considéré comme très impoli de se moucher en public, encore une très bon exemple de différences culturelles, ils nous agacent à renifler en permanence, nous les choquons profondément quand nous nous mouchons!)
3/ Le port de la serviette sur la tête dans les onsens
(photo extraite du site de Jens Olsen, un Danois qui a répertorié une bonne partie des onsen du Japon! http://www2.gol.com/users/jolsen/onsen/)
4/ La voie criarde de certaines vendeuses (difficile à illustrer mais c'est vrai que la plupart, qui en plus sont chargées de proposer des produits à déguster, ont une petite voix aigrelette qui vous porte sur les nerfs!)
5/ Les lettres d’excuse pour tout et n’importe quoi et qui pardonnent absolument TOUT …
6/ Le type qui prend mon ticket de parking pour le mettre dans la machine en face de moi, à quoi il sert lui ? (ça ne va pas plus vite mais c'est une façon de témoigner son respect au client, chose qui se perd un peu chez nous...)
7/ Le petit V fait entre l’index et le majeur des tous les enfants et ados sur TOUTES les photos
8/ Le culte de l’incontournable Kitty chan à toutes les sauces
9/ La capacité à dormir n’ importe où et à n’importe quel moment de la journée des Japonais(es), même (voire surtout) au bureau.
10/L’irresponsabilité des parents qui conduisent avec des petits enfants sur le siège avant de la voiture non attaches et souvent debout sur le siège.
18 mars 2008
Sakura
Je réponds pêle-mêle à vos questions à propos de la liste d'hier. Vous avez été plusieurs à demander ce que sont les goma tamago. Eh bien, c'est un des principaux omiyage à ramener de Tokyo, avec les Tokyo bananas! (comment, vous ne saviez pas que les bananes étaient une grande spécialité tokyoïte?). Alors, les goma tamago, de goma: sésame, et tamago: oeuf, ce sont des petites pâtisseries en forme d'oeuf, fourrées d'une crème au sésame noir. C'est excellent. Le sésame noir est très utilisé au Japon pour les desserts, c'est toujours un peu surprenant de se retrouver avec un aliment couleur anthracite dans son assiette, mais c'est vraiment délicieux car très parfumé et beaucoup moins sucré que nos desserts. Le goma tamago doit aussi sa popularité au fait que son nom peut se lire de gauche à droite ou de droite à gauche, syllabe par syllabe.
La tenue vestimentaire: oui, c'est très courant de voir des jeunes filles attifées de la sorte, surtout pour sortir en ville. C'est peut-être une façon de compenser les uniformes qu'elles doivent porter si elles sont vendeuses ou caissières, ou les vêtements stricts des offices ladies? En fait, il est évident qu'elles ne se disent jamais: "je ne vais pas acheter ce truc, il ne va avec rien de ce que j'ai", donc c'est Carnaval en permanence. Pour les chaussures, du moment qu'elles plaisent, peu importe si elles sont trop grandes. Comme en général elles prennent des talons d'au moins dix centimètres, on voit un espace de facilement deux centimètres entre le talon et l'arrière de la chaussure.
Elle porte bien son nom, Marie-Poire, non? En plus, c'est une affiche de trois mètres de haut sur un immeuble à un carrefour, et c'est un excellent repère pour savoir où tourner sur le chemin de la gare!
Je ne connais pas les statistiques d'accidents chez les ouvriers du bâtiment, mais quand on les voit escalader les échafaudages avec un mètre de tissu qui pend entre les jambes, il y a de quoi être inquiet. Même choses pour les jika-tabi qu'ils ont aux pieds et qui ne doit pas protéger grand-chose s'ils se laissent tomber un outil sur le pied. Etonnant dans un pays si obsédé par la sécurité, où le premier jardinier communal venu conduit sa camionnette avec un casque...
Passons du noir au rose. Voici un texte que les fidèles d'entre les fidèles connaissent déjà, car il a été publié sur le blog de Cath en février 2007, avant que je ne crée mon blog. Cath était partie en Birmanie et avait demandé à ses lectrices de lui envoyer de quoi faire vivre son blog en son absence, je lui avais envoyé ce texte qu'elle avait gentiment publié. Par la suite, je n'ai pas remis le texte sur mon blog car il venait de passer chez Cath. Mais c'est de nouveau la saison des cerisiers et je ne pouvais pas quitter le Japon sans vous parler des sakura... J'ai fait quelques retouches minimes sur le texte et j'ai changé toutes les photos! Et comme je pense qu'un certain nombre d'entre vous ne l'ont jamais lu, le revoici:
Cela démarre dès le mois de février dans les magasins. A peine les cartes et les présentoirs de Saint Valentin ont-ils été retirés des rayons que les sakura no hana, les fleurs de cerisier, commencent à éclore sur les sets de table, le papier à lettres, la vaisselle ou les pâtisseries. Comme toujours au Japon, le meilleur côtoie le pire : exquises boîtes en bois de cerisier, bols laqués ornés de délicats motifs floraux, et au rayon voisin hideuses branches en plastique garnies de touffes de fleurs d’un rose criard. Les restaurants chics proposent des menus de saison, plats décorés d’une petite branche portant deux ou trois boutons, riz aux fleurs de cerisier, sorbet aux fleurs de cerisier, car au Japon le sakura est l’objet d’un tel culte qu’on va jusqu’à le déguster. L’attente commence…
A la télévision, on piaffe littéralement d’impatience. La NHK (télévision nationale) n’en finit plus d’expédier ses envoyés spéciaux dans les endroits les plus renommés pour la floraison des cerisiers, afin d’ausculter les bourgeons et de nous donner une estimation quant à leur date d’éclosion. La NHK semble disposer d’une armée d’envoyés spéciaux qui sillonnent le Japon pour faire le point sur les phénomènes climatiques saisonniers et les questions agricoles, qu’il s’agisse des typhons, des avalanches, de la plantation du riz, de la floraison du colza ou du changement de couleur des érables. Mais à partir du début mars et pour un bon mois au moins, ce sont évidemment les cerisiers qui les occupent.
«- Alors, Tanaka-san, vous êtes dans les collines de Yoshino, et ce sont bien des cerisiers que je vois là, derrière vous ?
- Oui, oui, Nakamura-san, je me trouve effectivement devant les célèbres cerisiers de Yoshino, et cette année encore, nous aurons un bien beau spectacle au moment de leur floraison. (Tout ce dialogue est évidemment ponctué par les exclamations, à mi-chemin entre l’interjection et l’onomatopée, dont les Japonais usent et abusent pour signifier à leur interlocuteur qu’ils suivent bien et qu’ils acquiescent)
- Vraiment, Tanaka-san ?
- Ah oui, Nakamura-san, regardez plutôt. »
Et là, on s’attend à voir Tanaka-san tirer de sa poche un pied à coulisse et pousser la conscience professionnelle jusqu’à mesurer les bourgeons, qu’il examine de fort près, mais il n’en est rien. Non, le caméraman nous gratifie d’un de ces zooms vacillants dont la NHK a le secret (habitude acquise pendant les tremblements de terre? prédominance d’ «emplois réservés» pour la prise de vues à la NHK ?) et nous devons nous contenter d’un gros plan légèrement flou (aussi une spécialité maison) sur deux ou trois bourgeons. Pour les profanes que nous sommes, c’est totalement insignifiant, mais pour l’œil exercé du Japonais sakuraphile, c’est probablement une information déterminante quant à la qualité du spectacle à venir et à la durée de l’attente nécessaire.
Et puis, début mars, arrive une date capitale. C’est un des grands titres du journal télévisé, car l’affaire est d’importance : la très officielle agence météorologique du Japon publie sa carte de prévision de la floraison des cerisiers. Pour l’occasion, on a invité au J.T un expert de la prévision horticole, qui présente la première carte. La première, car elle sera mise à jour toutes les semaines. En cette saison, en effet, le temps est encore instable, et quelques jours de froid peuvent retarder la floraison. Il ne s’agirait pas de faire manquer le moment tant attendu à une région entière en lui fournissant des prévisions erronées. Pour l’heure, l’expert présente les dates de floraison prévues, représentées sur la carte par des sortes de courbes de niveau allant du rose pâle au plus beau fuchsia, en les accompagnant d’une avalanche de chiffres, statistiques et records pour chaque région : dans la région de Kagoshima, ce sera 5 jours plus tard que l’année dernière, mais 3 jours plus tôt qu’il y a deux ans, dans la préfecture de Saga, seulement le 2 avril, soit la date la plus tardive depuis 1959…
A partir de ce jour-là, la tension ne cesse de croître. La fièvre de l’attente s’empare du Japon. Les envoyés spéciaux sillonnent le pays, traquant la première fleur : « Mizuno-san, vous êtes à Osaka, je crois ? », « Nous retrouvons Takahashi-san en direct du jardin du palais impérial à Tokyo », « Direction Owakuni en compagnie de Yamada-san ». En studio, Nakamura-san et Okawa-san n’en peuvent plus de se récrier et de s’ébaudir. (A la NHK, les présentateurs vont toujours par deux, car il en faut un pour hocher la tête et émettre des sons approbateurs pendant que l’autre parle).
Il y a deux ans, coup de théâtre. L’agence météorologique nationale avait encore affiné ses prévisions et annoncé que la floraison à Tokyo aurait lieu le 27 mars, qui tombait fort opportunément un dimanche. La foule avait donc commencé à se masser dès le matin dans la plaine des cerisiers et dans les parcs réputés pour le spectacle qu’ils offrent. Malheureusement, un refroidissement les jours précédents avait probablement ralenti le développement des bourgeons car les fleurs n’étaient pas au rendez-vous. Le présentateur du journal télévisé a donc dû expliquer, avec une mine de circonstance, que les experts dépêchés sur place par l’agence météorologique nationale aussi bien le matin qu’en fin de journée n’avaient pu que constater que le nombre de fleurs requis par branche pour déclarer officiellement que la floraison avait commencé n’était pas atteint, au grand dam des badauds rassemblés sous les branches dégarnies, réduits à livrer à l’envoyé spécial de la NHK des commentaires rendus encore plus surréalistes par l’interprétation consécutive en anglais assurée en direct pendant le journal : « cette femme dit qu’elle a fait tout le chemin depuis la préfecture de Kanazawa et qu’elle est un peu déçue ». (Mon préféré, dans le même style, c’était lors de la visite de Chirac au Japon : « This woman says President Chirac is tall and friendly »).
En fait, cette année-là, il a fallu attendre une bonne semaine supplémentaire pour que l’explosion tant attendue se produise enfin. Ce n’était pas aussi soudain qu’on nous l’avait annoncé, mais nous avons tout de même pu suivre la progression du développement des bourgeons jusqu’à l’éclosion et à l’épanouissement final.
Cela dit, quel spectacle ! C’est d’abord le nombre qui étonne. Il y a des cerisiers partout, le long des avenues, dans les jardins, en bosquets dans les parcs, sauvages sur les collines à la campagne, mais quand ils ne sont pas en fleurs, on ne se rend pas compte que ce sont des cerisiers.
Les Japonais sont passionnés par les sakura, car ils sont d’une manière générale fascinés par l’éphémère. C’est peut-être la raison de leur empressement à aller admirer la floraison, dont ils connaissent la brièveté. La langue japonaise possède un mot pour décrire cette activité, c’est le « hanami », littéralement "regarder les fleurs". Dans les parcs, tout l’éventail de la technologie photographique nippone est déployé, du téléphone portable tendu vers l’arbre tant admiré jusqu’au Nikon dernier modèle avec objectif télescopique de 60 cm de long. Certains amateurs très éclairés, un appareil en bandoulière, l’autre fixé sur un tripode, n’hésitent pas à se lancer dans d’hasardeuses escalades pour réaliser « la » photo…de cette année-là, car ils recommencent probablement tous les ans.
Au moment du « hanami », on pique-nique sous les cerisiers. En famille le week-end, entre collègues de bureau le soir en semaine, on se presse sous les branches fleuries.
Sur les nattes de plastique étendues sur le sol, chaussures alignées sur le bord, sous les lampions dans la soirée, on se passe en riant les sushi, les boulettes panées et les crackers de riz, sans oublier la bière et le sake.
A Nagoya dans les parcs, à Hiroshima sur les berges de la rivière, le moindre centimètre carré est occupé, on se croirait à La Baule ou à Ostende au mois d’août. Il semble que ce soit un rendez-vous qu’on ne peut pas tout simplement manquer, et même que cela réponde à un besoin.
J’ai même vu des personnes très âgées, encadrées par des bénévoles qui les avaient conduites là (la société japonaise repose beaucoup sur le bénévolat) installées sur des futons sous les cerisiers, car tout le monde doit pouvoir admirer les fleurs.
Le plus incroyable dans ces foules qui se pressent pour profiter de ce bref spectacle, c’est cette passion pour toutes les étapes de la floraison, due peut-être à cette conscience aiguë de l’éphémère, qui les pousse à applaudir jusqu’à la déliquescence de cette quasi-perfection.
Dans le jardin du sanctuaire Heian à Kyoto, assis sur des bancs, ils dégustent des glaces au thé vert. Une brise se lève, un souffle qui suffit à détacher les pétales des fleurs désormais totalement épanouies. Un tourbillon de pétales s’élève, il neige des sakura… Un grand soupir de ravissement s’échappe de centaines de poitrines, « kirei desu ne ! » (c’est beau, hein…). Oui, les pétales tombent, annonçant la fin, mais c’est dans l’ordre des choses et les Japonais le savent bien, qui savourent le spectacle jusqu’à la dernière goutte.
Deux semaines plus tard, le rideau va retomber sur les sakura, ils auront tout l’été devant eux pour classer les photos, avant de se passionner pour les « momiji » (érables) à l’automne !
17 mars 2008
Ce qui m’a amusé
C'est encore mon mari qui a la parole aujourd'hui, avec ce qui l'a amusé au Japon, et ce n'est qu'une petite sélection, car nous nous sommes souvent demandé si, dans un quelconque autre pays, nous aurions eu autant de sujets d'amusement... Voici donc ce qui l'a amusé:
1/ L’arrivée des fresh graduates sur le marché du travail, début avril, tous engoncés dans le même costume.
2/ Le tournoi de Sumo, très fun
3/ L’accoutrement invraisemblable de certaines Japonaises qui n’ont pas l’air de connaitre les saisons, qui doivent toutes être daltoniennes et qui ne connaissent pas leur pointure non plus (celle-ci sort d'un magazine, mais allez au centre de Nagoya le week-end, elles sont toutes comme ça, voire pire!).
4/ La voix du système de navigation de ma voiture qui me conseille de me reposer après 2 heures de conduite et dont la logique de calcul de certains itinéraires me dépasse.
5/ Les montagnes de boites d’omiyage (cadeaux) à ramener avec les spécialités locales quelquefois douteuses et identiques à travers tout le pays.
6/ L’agencement des grands magasins tous identiques à travers le pays (sous-sol alimentaire, RDC maquillage, étage femmes, étages enfants, étage hommes, étage japonais, étage restaurants, étage plaine de jeux pour enfants..)
7/La coiffure de certains jeunes hommes qui doivent passer quelques heures le matin à se préparer, avec au minimum 3 kg de laque
8/ Les goma tamago
Photo: http://shewhoeats.blogspot.com/2005/03/not-for-hunting.html (quand on en achète, on ne les prend pas en photo avant de les manger, il a fallu que je trouve une photo ailleurs!)
9/ La photo de mariée de Marie Poire avec son chou
10/ Les terrains de foot sur les toits des immeubles à Tokyo (on peut jouer même la nuit!)
11/ Le costumes des ouvriers du BTP, serviette de toilette sur la tête (sous le casque), pantalon extra bouffant (j’en ai même vu un un jour en impression burberry) et chaussures de toile avec semelle en plastique.
15 mars 2008
Je suis un bol à thé
Encore une matinée consacrée aux achats , et voici un des derniers. Qu'est-ce que c'est? Il va vous répondre:
Qui suis-je ?
Je suis un bol à thé.
Mon père est un potier, ami du dieu argile.
Ma mère est un four, amie du dieu du feu.
Ma demeure est là où il y a de l’eau.
Je ne suis qu’un simple bol à thé, utilisé pour boire, mais le Maître de la cérémonie du thé me voit comme une partie intégrante de la nature.
Le Maître du thé recherche constamment à réaliser des combinaisons surprenantes avec moi.
Le Maître dit : “C’est mitate”.
Quand le Maître me berce dans ses mains, je suis heureux.
Quand je sens le thé chaud en moi, je me sens satisfait.
Lorsque le Maître goûte le thé à mes lèvres, c’est comme un baiser.
Ma famille est grande. Mon frère aîné est très fort et unique.
Ma sœur aînée est belle et élégante.
Ma sœur cadette est mignonne et adorable.
Je veux être élégant, avoir un poids parfait et de bonnes proportions.
Le Maître me trouve séduisant car mes lèvres sont le seuil du monde. Elles possèdent le pouvoir de contenir ou de libérer le thé.
Le Maître apprécie ma conversation dans le mouvement de mes lèvres.
Ma ligne reflète mon histoire, ma mélodie et mon rythme intérieurs
Mon pied est la partie la plus importante car le poids de tout mon corps repose sur lui.
Si mon corps bouge, alors je dois déplacer mon équilibre sur mon pied. La forme et la taille de mon pied sont directement liées à la forme et au poids de mon corps.
Chaque corps et chaque pied peut être différent.
Mon intérieur est un espace confortable. Il y a un bassin, pour le lac formé par le thé.
Ce bassin doit accommoder le fouet confortablement et rendre heureux les habitants vivant près du lac quand ils le voient.
Tandis que je prends de l’âge, le Maître continue à s’occuper de moi. Je deviens vieux et plus sage sous sa protection. Mon lustre et ma résonnance évoluent et deviennent plus calmes et silencieux.
Le Maître connait tous mes trésors mais mon rêve serait de les partager avec le monde entier
par Masakazu Kusakabe - février 2007
Je vous invite à prendre dix minutes pour aller vous ressourcer sur le site du potier Masakazu Kusakabe, qui existe en version anglaise et française en plus du japonais et d'où ce petit texte est extrait. Je vous recommande tout particulièrement la rubrique "Réflexions" et les deux délicieux textes qui composent "Zen et potier"
http://www.miharuarts.com/kusakabe/fr/reflexions.php#mylife
Enfin, une adorable anecdote très japonaise à la fin de notre sortie: en revenant à la voiture, restée sur le parking d'un des magasins que nous avons écumés visités, nous trouvons ce sac accroché au rétroviseur:
Un des nombreux sacs contenant nos non moins nombreux achats était apparemment resté sur le comptoir... Nous n'avons pas su le fin mot de l'histoire, quelqu'un dans le magasin était-il capable d'écrire quelques mots en français? Se sont-ils rués sur un logiciel de traduction en ligne pour pouvoir nous laisser ce petit mot, ont-il téléphoné à un ami qui connaît un peu le français? Nous avons trouvé ça charmant et nous sommes retournés les remercier...
13 mars 2008
Il est 5 heures, Tsukiji s’éveille
Aujourd'hui, une surprise, pour moi comme pour vous, mais d'abord quelques explications à propos de la liste d'hier.
Pour Nounychette: Les marimo sont des algues d'une espèce rare, qui s'agglutinent et prennent une forme parfaitement sphérique. On en trouve dans le lac Myvatn en Islande, où la colonie semble malheureusement dépérir, et dans le lac Akan à Hokkaïdo, où la colonie est en bien meilleur état de conservation. Au milieu du lac Akan, il y a une petite île sur laquelle a été aménagé un centre d'observation des marimo dans des aquariums qui communiquent avec le lac. C'est là que nous avons pris la photo. Autour du lac, on peut bien évidemment acheter son mini marimo dans un petit bocal, mais aussi les marimo en peluche, en porte-clés, en babiole à accrocher au téléphone, et toute la collection Kitty chan avec son marimo dans les bras, cela va sans dire.
Pour Traductix: Le Twilight Express est un train "de luxe" de JR qui relie Osaka à Sapporo l'été. C'est un genre de réplique de l'Orient Express, en moins luxueux et un peu plus japonais, il n'y a cependant pas de compartiment tatamis. Il ne circule que quatre mois par ans et pas tous les jours et est évidemment pris d'assaut. Il va beaucoup moins vite que le Shinkansen car il n'a pas son aérodynamisme, et il met donc une vingtaine d'heures pour faire Osaka Sapporo. Comme il longe toute la côte de la mer du Japon, on peut, si le temps le permet, assister au coucher du soleil sur la mer. Pour les plaques au sol sur les quais, ça ne change que dans les gares où passe le "Hikari Rail star", notamment à Hiroshima. Pour les trois autres variétés de Shinkansen, il n'y a pas de différence pour l'emplacement des voitures.
Venons-en à la surprise, qui m'a été faite avant-hier par mon mari. Il était à Tokyo pour son travail, et il est allé visiter le fameux marché aux poissons de Tsukiji (vous allez voir que ça n'entre absolument pas en conflit avec les horaires de bureau) dont il m'a ramené plein de photos... et un article pour mon blog, qu'il a rédigé dans le train au retour! C'est pas gentil, ça? Hier soir, choix et compression des photos, relecture, montage, et ... voilà:
Enfin, j’ai pu visiter le marché aux poissons de Tsukiji, c’était ma dernière sortie à Tokyo, et il était temps car je voulais absolument le voir avant de partir.
Pour aller à Tsukiji, vous devez être assez matinal car il faut être sur place à 5h00. Etant d’un naturel lève-tôt, j’étais déjà arrivé à 4h30, il faut dire que le taxi n’a mis que 15 mn depuis Shibuya. A cette heure-là, la circulation est plutôt fluide, les boulevards tokyoïtes ne sont remplis que de taxis pour les couche-tard ou les lève-tôt et de camions de livraison.
Arrivé sur place, je commence par traverser les quais de déchargement où des centaines de camions dégorgent des montagnes de caisses en polystyrène qui sont tout de suite livrées à leurs destinataires.
On se croirait dans une fourmilière (aucun rapport avec une fâcheuse comparaison il y a quelques années entre les Japonais et les fourmis). Ca grouille de tous les côtés, il y circule un drôle de transporteur qui aurait plu à Dary Cowl, même dans Star Wars ils n’en ont pas d'aussi kawaii, normal on est au Japon. Cet engin surprenant se compose d'un simple plateau avec, à l'avant, un cylindre qui renferme le moteur, surmonté d'un volant qui sert aussi de frein. Debout sur le plateau, le chauffeur dirige cet engin très maniable qui permet aux livreurs de traverser à toute vitesse les allées encombrées de boîtes en polystyrène.
Je commence par traverser les premières échoppes de poissonniers, je n’ai pas compté, mais c’est un multiple de 100 au minimum.
C’est un dédale d’étalages, de tables de découpe, de petites huttes pour la caisse (avec des milliards de bouts de papier agrafés partout), des poubelles d’abats, des poulpes de toutes les dimensions, des moules géantes (25 cm minimum) de superbes coquillages et des concombres de mer pas toujours appétissants, des piles de bacs remplis d’eau et de poissons bien sûr, des plateaux d’huîtres, à la japonaise, c'est-à-dire toutes sorties de leurs coquilles et posées en tas, des containers de glace.
Le tout est parcouru d’un réseau de tuyauteries digne d’une centrale nucléaire ukrainienne, l'eau ruisselle de tous côtés, je pense que les scénaristes de "Blade Runner" ont dû visiter cet endroit avant d’écrire leur script.
Puis j’arrive enfin au bâtiment de la criée au thon. Des centaines de thons congelés sont alignés sur le sol, il leur manque la tête et la queue, une entaille est faite sur le dessus à l’extrémité, les acheteurs y viennent regarder et palper la qualité de la viande. Cet endroit est réservé aux professionnels et donc interdit au public, à l'exception d'un petit corridor qui traverse le bâtiment et qui est réservé aux touristes qui s’agglutinent tous là pour contempler le spectacle.
Tous les acteurs sont là, avec leur bottes, leur pic à glace, le nom de leur société cousu dans le dos de leur blouson, et ils font tous les mêmes gestes.
Il y a ceux qui tirent les thons pour les aligner.
Il y a ceux qui ont un petit seau de peinture rouge et qui marquent à l’aide d’un pinceau les poissons (soit des numéros, soit des kanji.)
Et il y a ceux qui inspectent l’entaille faite à l’extrémité du thon, qui examinent la chair et qui, à l’aide d’un pic à glace, en extraient un petit morceau au niveau de la queue puis, après l’avoir malaxé entre les doigts, le goûtent et souvent le recrachent par terre, ce sont les acheteurs je présume. En fait, pour les initiés, cette entaille, pratiquée à cet endroit précis, donne une idée très exacte de la structure de la chair à l'intérieur du poisson.
A ce moment-là, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au livre d'Emmanuel Arnaud "Les trilingues" (je vous en recommande la lecture) et à son narrateur qui appelle les lycéennes japonaises de son école "les thons". En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu autant de thons.
Les thons "frais" sont dans un autre bâtiment, pas d’accès non plus, juste une vue depuis la porte coulissante. Ceux-là ont encore la tête, mais on leur a coupé la queue qui est ensuite placée dans les ouïes, ils sont bien sûr beaucoup plus beaux, noirs et luisants tels du granit. L'étiquette indique la provenance: les thons frais sont pêchés au large du Japon, alors que les thons congelés viennent du monde entier.
Puis une personne monte sur une caisse, un coup de cloche et les enchères commencent, je présume, car je ne comprends rien et je vois juste tous ces gens se faire plein de mimiques en levant les bras pendant que d’autres remplissent des petits bouts de papier.
Quand la vente se termine, les livreurs viennent prendre possession de la marchandise et embarquent celle-ci sur leurs charrettes à bras, pour la livraison.
Les immenses scies commencent alors à ronronner dans les échoppes et les découpes commencent (et oui, comme ils sont durs comme de la pierre, congelés, la seule façon de les découper, c’est à la scie).
Par contre, les thons frais ont droit à la découpe manuelle avec les couteaux ad hoc. J’observe un spécialiste qui affûte la lame de son couteau (la lame doit faire au minimum 1,70 m) avec j’imagine la même ferveur qu’aurait eu un samouraï affûtant son sabre avant le combat. Puis la découpe commence, impressionnante, à deux et en quelques minutes il ne reste que l’arête, et comme sur le thon rien ne se perd, même l'arête sera raclée pour en récupérer la chair.
Au hasard de mes déambulations entre les étalages, j’aperçois un poisson qui a réussi à s’échapper de sa bassine prison, il gesticule sur le sol au pied des roues des engins de transport, mais malheureusement pour lui il est vite rattrapé par son propriétaire, belle tentative, mais la mort certaine était sa seule destinée.
A l'extérieur, une armée de camions est prête pour les livraisons pour aller nourrir cette mégalopole qui se réveille doucement, où chacun va bientôt aller déjeuner ou dîner de ces sushi ou sashimi frais du jour, et demain vous faites quoi ? Eux, ils recommencent.
Pour moi, il est 6h30, heure d'aller petit-déjeuner et au menu : sashimi, un régal. Puis retour à l'hotel, douche, il est 7h30 l'heure d'aller au bureau.
10 mars 2008
Je n'ai pas aimé
D'abord, je dois répondre à la question que beaucoup se sont posé, à savoir comment fait le papi, même très sec, pour sortir de son petit camion une fois dans le garage. C'est simple, dans ce genre de garage, il y a généralement une porte qui communique avec la maison. Le papi, fort sec, ne l'oublions pas, a donc juste la place d'entrouvrir sa portière et de se faufiler hors du petit camion, et il rentre chez lui par la porte communiquant avec le garage.
Il y a cependant des aménagements plus acrobatiques. Ainsi, nous avons vu un jour à la télévision une émission dans laquelle des propriétaires de voitures étaient opposés à un pilote professionnel dans une compétition consistant à garer leur véhicule dans leur garage en un minimum de temps. Evidemment, l'équipe de production avait sillonné le Japon pour trouver les emplacements de parking les plus exigus, les plus invraisemblables et les plus biscornus, occupés par des véhicules pas forcément appropriés au garage en question. A chaque fois, on chronométrait le propriétaire en train de garer sa voiture, puis le pilote avec la même voiture, et c'est toujours le propriétaire qui gagnait. Il y avait notamment un papi de plus de 80 ans qui garait son petit camion dans un garage complètement biscornu en 40 secondes, alors que le pilote mettait deux fois plus de temps. Dans cette émission, aussi, on voyait un type garer son 4x4, sans l'accrocher, dans un emplacement qui semblait bien trop petit pour le véhicule... et ressortir par le hayon arrière! Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour avoir un 4x4!
Tout à fait autre chose, maintenant, car je vais inagurer une nouvelle série qui va durer quelques semaines. J'ai mis toute la famille à contribution et j'ai demandé à chacun de ses membres de faire une liste de ce qu'il ou elle a aimé ou détesté au Japon. Je ne vais pas publier ce genre de billet tous les jours car ce serait lassant, mais je commence dès aujourd'hui à vous présenter leurs impressions pour éviter que les prochains billets ne soient qu'une succession de listes, et aussi pour pouvoir répondre à vos éventuelles questions, s'il y a des choses qui vous surprennent. J'ai essayé, dans la mesure du possible, de mettre des photos, mais ce n'est pas toujours facile!
Aujourd'hui, je donne la parole à mon mari, qui ne s'est exprimé jusqu'ici sur ce blog que par le biais des photos. C'est lui qui m'a fourni les listes les plus longues, positives et négatives, sans doute parce qu'ici, lui, il travaille et qu'il est confronté à d'autres situations que nous. Et pour ne pas que vous ayez l'impression que le Japon est un pays idyllique, commençons par ce qu'il n'a pas aimé. Je précise que l'expérience n°1 n'a été vécue qu'une fois mais que ça ne lui a pas plu du tout. Pour les suivantes, c'est plutôt le caractère répétitif qui devient insupportable à la longue!
Ce qu'il n'a vraiment pas aimé:
1/ Manger un calamar cru (ika) voire vivant, surtout les tentacules qui se collent sur la langue, et le natto au petit déjeuner
2/ La niaiserie des ados japonaises (et l’adolescence peut durer longtemps au Japon)
3/ La vue de trop nombreuses villes bétonnées pratiquement toutes identiques
4/ La décoration des planches de bord de certaines voitures (à vomir)
5/ Le "bordel" que peuvent mettre les Japonais à l'intérieur comme à l'extérieur (et au bureau aussi).
6/ Le machisme des Japonais, leur consommation d’alcool et leur xénophobie
7/ Les wedding palaces, fausses églises et catalogues de mariage à Hawaï, ou en Australie avec un koala ou un dauphin dans les bras
8/ La durée des feux rouges et le manque de respect du code de la route des Japonais
9/ L’odeur des bentos le soir dans le shinkansen
10/ Les boissons vitaminées et le café en boîte chaud dans les distributeurs automatiques, depuis j’ai arrêté le café…
11/ La standardisation et l’uniformité poussées à l’extrême, même cartable à travers tout le pays pour tous les enfants, même porte de garage pour toutes les maisons (si elles en ont), même poignée de porte automatique, même…
12/ Je ne supporte plus ni Winnie l’ourson ni Mickey, (surtout sur les plaques d’immatriculation) qui ont infantilisé et exploité des Japonais assez crédules pour trouver ça Kawai de 2 à 102 ans. (Précision valable pour les n° 2, 4, 7 et 12: tout est relatif, pour décrire ce que beaucoup de Japonais(es) trouvent kawaii, mon mari emploie en français un mot constitué de la répétition de la dix-septième lettre de l'alphabet).
13/ La profondeur des piscines (1,2 m)
14/ Les groupes de touristes japonais qui suivent docilement leur guide (qui agite aussi un drapeau) au pas de course et dont je me demande vraiment ce qu’ils gardent comme souvenir de leur voyage en dehors de la bouffe et des photos de groupe
15/ Les barquettes de viande de baleine dans les supermarchés (et la soi disant recherche faite par les Japonais pour massacrer les baleines et remplir leurs immenses congélateurs de viande de baleine (ils ont plus de 2 ans de consommation en stock).
Il y a aussi des choses qui l'ont seulement "énervé", mais ça c'est pour un autre jour!
08 mars 2008
Le petit camion
Le billet d'aujourd'hui sera probablement l'une des dernières "tranches" de Japon que j'aurai à vous offrir. Il vous semblera peut-être étrange car il correspond à une vision très personnelle des choses, notamment dans sa conclusion. Quoiqu'il en soit, il y a des mois que je voulais écrire ce billet et que je collectionne les photos nécessaires pour le faire!
Les voitures ne m'intéressent pas tellement, et je ne suis pas plus impressionnée par les conducteurs de véhicules rouges, aplatis, rapides et de marque italienne que par ceux qui sont au volant de monstres à quatre roues motrices avec pare-buffles et projecteurs, qui ne connaissent généralement pas de terrain plus accidenté que les bordures des trottoirs. Un véhicule est plutôt pour moi un mal nécessaire et il doit avant tout être pratique et polluer le moins possible.
Au Japon, il y a malheureusement un peu trop de véhicules tout-terrain (qui ne sortent pas des routes asphaltées non plus) et les Japonais sont très friands de ces "vans" à l'américaine, taillés au carré, avec des vitres fumées, qui ressemblent plus à une camionnette qu'à un ...comment dit-on déjà, "monovolume"?
Cependant, au Japon, il y a tout de même une catégorie de véhicule qui est très populaire et sur laquelle j'ai complètement craqué : les petits camions. Entendons-nous bien, il s'agit ici d'un tout petit camion, presque d'un jouet. En fait, les constructeurs japonais ont développé toute une gamme de véhicules qu'on appelle "keijidosha", ou véhicules ultra-légers, dont les caractéristiques de taille et de motorisation permettent à leur propriétaire de bénéficier d'avantages intéressants en matière de fiscalité et d'assurance. Ces véhicules, qui ne doivent pas mesurer plus de 3,40 mètres de long, sont reconnaissables à leur plaque d'immatriculation jaune. En outre, leur propriétaire est dispensé de l'obligation de prouver qu'il dispose d'un emplacement de parking (condition nécessaire à tout achat de véhicule non "kei"). Les "kei" sont donc très populaires auprès des jeunes, des femmes qui veulent une petite voiture, des personnes âgées, mais aussi de nombreuses petites entreprises. Dans cette catégorie, on trouve des petites voitures, des petites fourgonnettes, mais le plus beau, le plus mignon, c'est incontestablement le petit camion. Robuste, maniable, pratique, compact, logeable, il se faufile partout et transporte tout. Il a exactement la largeur requise pour circuler sur les routes étroites qui sillonnent les rizières:
Sa taille et sa puissance sont limitées, mais cela n'empêche pas les constructeurs de le proposer en quatre roues motrices, et il fait alors merveille sur les chemins escarpés qui sillonnent les plantations de thé vert de la préfecture de Shizuoka:
Son plateau (jusqu'à 350 kg!) lui permet, selon la saison, de transporter aussi bien la récolte que les machines nécessaires à l'entretien des cultures:
Sa sobriété et sa rusticité conviennent parfaitement au rude climat des montagnes qui hérissent l'archipel nippon:
En fait, dans certaines régions rurales comme la péninsule de Noto, les petits camions représentent pratiquement un quart du parc automobile. Ils occupent un bon tiers du parking des concessionnaires Daihatsu, Suzuki ou Honda! Le petit camion est également le compagnon indispensable des maraîchers:
Pour autant, s'agit-il d'un véhicule essentiellement rural? Absolument pas! Les petits camions pullulent également en ville. C'est, par excellence, le véhicule qui convient au transport des tatamis, car son plateau a juste le format requis:
Il est aussi très prisé par les petits artisans, qui entassent à l'arrière tout ce qui est nécessaire à l'exercice de leur art. C'est le cas par exemple des spécialistes de la taille des arbres.
N'oublions pas que le Japon est un pays sûr, et qu'il n'est pas indispensable de tout mettre sous clé, y compris les outils (et le casque)!
C'est aussi le véhicule idéal pour les chantiers mobiles sur les routes, car c'est en général lui qui est chargé du transport des cônes et autres panneaux de signalisation.
Au volant d'un petit camion, on peut trouver un artisan, un ouvrier de chantier avec une serviette de toilette sur la tête, mais le plus souvent, c'est un petit papi tout sec
qui le pilote d'une main experte et est capable de garer le petit camion (ici en version bâchée) dans les endroits les plus exigus:
Pour moi, le petit camion est à lui tout seul un concentré de Japon. Il symbolise l'ingéniosité des Japonais lorsqu'il s'agit de s'adapter à l'environnement, au terrain difficile, au manque de place. Chargé de ballots de thé vert à Shizuoka, de coquilles d'huîtres dans la baie d'Ago, de cageots de pommes à Nagano, il représente toutes les productions agricoles de l'archipel. Transportant des cônes et des panneaux de chantier, il incarne l'obsession nationale de la réglementation et de la sécurité. Et le petit oji-san au volant nous rappelle que la population japonaise vieillit inexorablement.... Voilà pourquoi je ne pouvais pas quitter le Japon sans rendre hommage au petit camion!
28 février 2008
Nagasaki
L'île de Kyushu est souvent laissée à l'écart des circuits que proposent les agences de voyage spécialistes du Japon. Il faut vraiment choisir le circuit le plus long, donc le plus complet mais aussi le plus cher pour passer par Kyushu si on visite le Japon avec un voyagiste. Il est vrai que le Japon s'étend sur 3000 kilomètres du Nord au Sud et qu'à moins d'avoir six mois devant soi, il faut bien faire un choix. Et pourtant... sur le plan des richesses naturelles, Kyushu, à la fois volcanique, montagneuse et maritime, n'a rien à envier aux autres régions du Japon, au contraire. Si elle compte moins de sites sacrés et de temples que Honshu, son passé vaut la peine qu'on s'y intéresse car il permet de mieux connaître une période passionnante de l'histoire du Japon.
Et puis, à Kyushu, il y a Nagasaki. Nagasaki est une ville différente, déjà par sa topographie. Entièrement bosselée, construite sur plusieurs collines qui semblent toutes se terminer dans la mer, la ville est une sorte de bout du monde rempli de rues escarpées, et de surcroît riche d'un passé tumultueux et fascinant.
En Occident, on associe surtout Nagasaki à Hiroshima, les deux villes ayant, à trois jours d'intervalle, subi le même sort dramatique en août 1945. Seuls les spécialistes de l'histoire du Japon savent qu'en fait, Nagasaki occupait déjà une place à part dans l'histoire du Japon bien avant le bombardement. Depuis le XVIe siècle, en effet, Nagasaki était un peu la fenêtre du Japon sur le reste du monde. L'île de Kyushu, à la pointe occidentale du Japon, avait déjà vu débarquer les premiers Portugais en 1542, et François-Xavier, déjà jésuite mais pas encore saint, avait fondé une mission à Kagoshima en 1549. A partir de 1571, le port de Nagasaki avait commencé à commercer activement avec les Occidentaux, Portugais et Hollandais pour la plupart. Les échanges avec la Chine étaient également nombreux. Les missionnaires chrétiens se dépensaient sans compter et, à la fin du XVIe siècle, la région comptait environ 150 000 chrétiens. De nombreux seigneurs s'étaient convertis au christianisme car cela ouvrait des possibilités en matière de commerce et d'échanges avec les étrangers. A Nagasaki vivait également une importante communauté chinoise.
Malheureusement, tout cela n'était pas tellement du goût du shogun Toyotomi Hideyoshi, homme préoccupé de la grandeur du Japon mais singulièrement dépourvu d'ouverture d'esprit. Il commença par interdire le christianisme qui, selon lui, risquait d'affaiblir l'Etat en le mettant à la merci des pouvoirs étrangers et ordonna aux missionnaires de quitter le pays. L'ordre ne fut pas vraiment respecté et, à titre d'avertissement, en 1597, Hideyoshi fit arrêter et crucifier vingt-six chrétiens à Nagasaki. Tokugawa Ieyasu, qui lui succèda en 1603, ne fit pas preuve de plus de bienveillance à l'égard des étrangers, bien au contraire. Les persécutions contre les chrétiens s'intensifièrent, et les missionnaires furent définitivement expulsés en 1614. En 1635, le port de Nagasaki fut fermé aux navires étrangers. Les commerçants hollandais et chinois qui souhaitaient maintenir des contacts avec le Japon furent cantonnés sur la petite île de Dejima (aujourd'hui reliée à la terre ferme) et les Japonais qui désiraient avoir des contacts avec eux devaient obtenir une autorisation spéciale pour le faire. Commença alors pour le Japon une période d'isolement qui dura plus de 200 ans.
Pendant cette période, Nagasaki continue cependant à attirer les érudits et savants japonais qui souhaitent avoir des contacts avec les Hollandais de Dejima, grâce auxquels les découvertes scientifiques des XVIIe et XVIIIe siècles pénètreront au Japon. En 1853, quand Perry force le blocus du port d'Uraga avec ses "bateaux noirs", le shogunat n'a plus que quelques années à vivre. Dès 1859, Nagasaki devient un port franc. Les Occidentaux, négociants britanniques, commerçants hollandais ou missionnaires français (pour la plupart installés à Shanghaï) recommencent à affluer.
Dès 1865, l'église catholique d'Oura est construite à l'initiative d'un père français, pour commémorer le martyre des vingt-six crucifiés de Nagasaki.
Parmi les étrangers qui viennent s'installer à Nagasaki, certains joueront un rôle prépondérant dans le changement politique qui aboutira à la restauration Meiji et à la modernisation du pays. C'est le cas de Thomas Glover, entreprenant Ecossais arrivé de Shangai en 1859, qui prêtera main-forte à ceux qui ont précipité la fin du shogunat. Sa maison, sur les hauteurs de Nagasaki, se trouve maintenant dans le "Glover Park".
D'autres résidences comme celle de Robert Walker, qui a fondé la première brasserie du Japon ou celle du négociant en thé William Alt ont également été transportées dans ce parc, d'où on domine la baie de Nagasaki. Les Japonais aiment venir s'y promener car ils trouvent ça extraordinairement romantique. Rien d'étonnant, compte tenu de l'époque et des personnages, que l'action de "Madame Butterfly", à l'origine un roman, se passe à Nagasaki. Pour nous, c'est évidemment moins exotique mais les maisons sont magnifiques et le parc très agréable. De l'endroit émane en fait un charme assez irrésistible, même pour des Européens, quoique nous, nous ne nous arrêtons pas à la boutique pour acheter des shortbreads Walker...
On peut voir d'autres maisons "occidentales" sur Hollander Slope, encore une rue en pente.
Les différentes maisons qui composent cet ensemble bleu pastel abritent aujourd'hui un musée de photographies anciennes.
Juste en contrebas, on peut apercevoir le toit du temple chinois Koshi-byo, dédié à Confucius.
La communauté chinoise a toujours eu beaucoup d'importance à Nagasaki, et la municipalité lui rend désormais hommage en organisant tous les ans un festival des lanternes qui coïncide avec le Nouvel An chinois, dont vous avez vu quelques photos hier...
C'est en fait tout un ensemble de choses qui concourt à rendre Nagasaki si attirante: sa situation, son passé, sa manière d'entremêler les cultures, son caractère finalement toujours un peu rebelle dans l'histoire... Beaucoup de Japonais me disent que c'est une ville agréable à vivre, ouverte, qui fait beaucoup pour les familles avec enfants, pour faciliter la vie des personnes âgées. Si vous avez l'occasion de faire un voyage au Japon et de choisir votre itinéraire, n'hésitez pas, faites-y figurer Nagasaki.
25 février 2008
Les photos qui manquaient ...
... à notre collection. Je bouleverse un peu mon programme car nous avons pris hier les photos qui manquaient à notre collection de photos sur Kyoto, celles que nous pensions ne jamais pouvoir prendre avant de quitter le Japon...
Le week-end dernier, la météo annonçait de fortes probabilités de chutes de neige et nous avons passé le samedi rivés à la webcam braquée sur le Kinkaku-ji (Pavillon d'or) à attendre qu'il neige. Or, il n'a pas neigé (70% de probabilités, pourtant!). Les prévisions pour ce week-end étaient carrément suspectes: samedi nuageux, puis neige, température de 11°. Nous étions sceptiques. Dimanche, 50 % de probabilités de neige.
Levé très tôt ce dimanche matin pour suivre le match France-Angleterre en direct, mon mari m'annonce à 7 heures qu'il neige à Kyoto... Il y a trois ans que je répète que dès qu'il neige un week-end sur Kyoto, je prends le premier train pour y aller, mais ce matin, c'est un peu dur, en plus j'ai un rhume. Je me rendors, et puis un moment après je me réveille, je me dis que je ne peux pas manquer ça car l'occasion ne se représentera plus. Je finis par me lever, et nous voilà partis.
A Nagoya, il a à peine neigé. La fine pellicule blanche déposée sur les toits par les averses de la nuit fond à vue d'oeil. Depuis le Shinkansen, on commence à revoir la neige environ un quart d'heure après Nagoya. Au passage de la fameuse "barrière" de Sekigahara, c'est le blizzard, on n'y voit plus rien. Cet endroit est connu pour ses hivers rigoureux. Mais à l'arrivée à Kyoto, il n'y a presque plus de neige. Dans le taxi qui nous conduit au Ginkaku-ji (pavillon d'argent), nous sommes un peu inquiets, en ville, il n'y a presque rien et le soleil commence à pointer. En approchant des collines d'Higashiyama, pourtant, nous nous rendons compte que dans les jardins, à l'écart des routes et des grands carrefours, tout est encore enneigé. Nous montons à toute vitesse la rue qui conduit au Ginkaku-ji, dont voici l'entrée...
Ouf, il y en a encore! La neige met en valeur la silhouette des arbres taillés...
Dans le jardin zen, célèbre pour son cône de sable qui représente le Fuji, l'illusion est presque parfaite...
Une petite déception toutefois, le pavillon lui-même est en restauration et caché par des échafaudages. Heureusement, d'autres bâtiments secondaires composent une belle scène hivernale...
Une éclaircie un peu trop vive nous inquiète. Il ne faudrait pas que ça se mette à fondre! Nous nous précipitons au Kinkaku-ji (Pavillon d'or). A peine sommes-nous dans l'enceinte qu'il recommence à neiger.
Une neige qui commence à tomber très fort, mais cela ne décourage pas les visiteurs:
Encore quelques photos de détails
Quand on arrive à occuper un emplacement stratégique pas trop envahi par la foule:
Car les Japonais sont prêts à tout affronter pour prendre des photos....
Et nous décidons de terminer la journée par le calme et la sérénité des jardins zen du Daitoku-ji:
Où, comme d'habitude, il n'y a quasiment personne et où l'on peut méditer tranquillement, à condition de ne pas être trop frileux...






























































































