J'inaugure aujourd'hui une rubrique qui deviendra, j'espère, régulière, et que j'appelerai, faute de mieux, les jolies petites histoires du quotidien. Ce ne seront pas "mes" petites histoires parce que je vais puiser mon inspiration dans la presse, souvent étrangère et encore plus souvent britannique. Au Royaume-Uni, en ce qui concerne la presse, le pire côtoie le meilleur (vous me direz, chez nous aussi, mais je crois qu'en matière de caniveau ils font pire que nous...), et pour contrebalancer les tabloïds, il y a le Guardian. Le Guardian publie de très nombreux articles de qualité et, fait suffisamment rare pour qu'on le signale, tous les articles publiés dans sa version électronique sont accessibles sans abonnement.

Bon, je vous ai suffisamment chanté les louanges du Guardian, passons tout de suite à l'histoire que je voulais vous raconter, qui est pour moi le genre d'histoire qui vous met au moins de bonne humeur, et au mieux vous redonne (un peu) foi en l'humanité.

L'histoire se passe en Nouvelle-Zélande, il y a quelques semaines. Une dame se présente dans une bibliothèque d'Auckland pour y rendre un livre qu'elle a emprunté... le 17 décembre 1948. Un peu embarrassée, elle demande à la bibliothécaire à combien va se monter l'amende, vu qu'elle rapporte l'ouvrage avec un peu plus de 67 ans de retard (24605 jours pour être exacte). Elle explique à la bibliothécaire qu'elle a emprunté ce livre (Contes et légendes du pays des Maoris) quand elle était enfant, et que pendant toutes ces années elle s'est bien dit maintes et maintes fois qu'il fallait qu'elle le rapporte à la bibliothèque, mais le temps a passé...et voilà.

Le premier moment de stupéfaction passé, la bibliothécaire rassure la dame, car le règlement de la bibliothèque d'Auckland prévoit que si le lecteur est mineur au moment de l'emprunt, il n'aura pas d'amende à payer s'il rapporte le livre en retard... même si le retard est tel que l'emprunteur est devenu majeur entretemps. Notons tout de même que, même si la bibliothécaire est soucieuse de rasséréner la dame, elle n'en oublie pas pour autant le règlement. L'article précise d'ailleurs que si l'emprunteur avait été adulte, il aurait dû payer, à la date de la restitution du livre, une amende de 24605 dollars néo-zélandais, soit la coquette somme de 14 928 euros.

Cependant, même si la bibliothécaire semble très attachée au règlement, elle a tout de même cette réaction que j'adore: "ça m'a fait plaisir", dit-elle, "que la lectrice dise qu'elle avait beaucoup aimé le livre et qu'elle l'avait lu et relu plusieurs fois pendant toutes ces années. J'étais contente que le livre soit tombé dans un foyer aimant et qu'il ait été apprécié". Vous, je ne sais pas, mais moi, c'est le genre de remarque qui me réconcilie avec mes semblables.

Depuis, "Contes et légendes du pays des Maoris" a réintégré un rayonnage de la bibliothèque d'Auckland (qui possède trois autres exemplaires de cet ouvrage, lesquels ne sont plus disponibles en prêt). L'identité de la lectrice restera inconnue car elle n'a pas laissé son nom et la bibliothèque n'a pas conservé la liste des abonnés des années 40... En revanche, la bibliothèque d'Auckland a reçu, depuis la publication de l'article, plusieurs demandes émanant de lecteurs qui, eux aussi, ont emprunté un livre il y a fort longtemps et n'osaient plus le rapporter compte tenu du retard!

Une petite photo pour agrémenter ce billet? La Nouvelle-Zélande, un de nos meilleurs souvenirs de voyage, c'était il y a dix ans déjà.

rotorua

Photo prise à Rotorua, au pays des Maoris.

Si vous voulez lire l'article en version originale, voir la page de garde du livre et même la carte de bibliothèque à la fin du livre, c'est ICI.