Mardi, je vous ai montré une nouvelle double page de mon smash book et vous avez eu la gentillesse de me laisser de nombreux commentaires, ce dont je vous remercie.

Parmi ces commentaires se trouvait une question de Stéphanie, question dont son auteur craignait qu'elle paraisse idiote, alors qu'elle est au contraire fort pertinente. L'énoncé de sa question était le suivant: Quelle différence fais-tu entre le Project Life et le smash book? En lisant ce commentaire, je me suis dit que, d'une part, si Stéphanie s'interrogeait sur ce point, elle n'était peut-être pas la seule et que, d'autre part, lui répondre me fournirait l'occasion de publier un de ces billets verbeux que je ne vous ai pas infligés depuis longtemps.

(Je signale ici que celles qui n'ont pas envie de se coltiner ma prose peuvent directement passer au tout dernier paragraphe du billet où elles auront directement la réponse à la question.)

Alors, commençons par le commencement, mais je vais essayer quand même de ne pas remonter trop loin. Les Américaines, qui ont inventé le scrap, il faut bien le dire, ont toujours accordé beaucoup d'importance au journaling et à la fonction documentaire du scrap. L'idée, c'est de scrapper les petits et les grands moments de la vie et pas seulement les grandes occasions. Des scrappeuses connues (comme Ali Edwards) ont popularisé les albums traitant du journaling du quotidien, comme le "Week in the Life", le "December Daily", etc. A ce propos, je vous renvoie à un article que j'avais cosigné dans le défunt blog Ecris ton scrap. Si vous avez la curiosité de lire les commentaires laissés à la suite de cet article, vous verrez que, même avant la grande vogue du "Project Life", des scrappeuses francophones s'étaient déjà lancées dans le journal scrappé, car l'idée n'est pas nouvelle, c'est juste la forme qui a été renouvelée...

En 2009, Becky Higgins a lancé un système destiné à faciliter la vie des scrappeuses qui veulent se lancer dans un journal de l'année scrappé. Elle a fait ça uniquement par altruisme, Becky. Elle cherchait une solution à son problème de journal, elle en a trouvé une, et elle a décidé de la partager avec les autres. Parce qu'elle est comme ça, elle a une âme de chroniqueuse, elle aime partager, et elle a aussi l'esprit l'entreprise. Dans cet ordre. Je n'invente rien, c'est là. Elle adore aider les autres, et elle met en pratique les préceptes du Très Haut qui occupe, nous dit-elle, une place centrale dans son existence. Bref, je m'égare, mais c'est ainsi, Becky a appelé son système Project Life ®, et puis dans la foulée, elle a déposé la marque, au cas où. Le Project Life ®, c'est un ensemble qui comprend tout ce qu'il faut pour faire son journal de l'année, l'élément central étant un classeur à anneaux qu'on garnit de pages plastifiées à pochettes dessinées à accueillir photos et cartes de journaling, cartes bien entendu elles aussi disponibles, contre espèces non plus sonnantes mais numériques, dans la gamme de la marque, qui ne cesse de s'étoffer d'année en année.

A sa sortie, en 2010 si mes souvenirs sont exacts, le produit n'était disponible qu'aux Etats-Unis et quelques aficionadas (on peut accorder?) françaises n'avaient pas hésité à dépenser qui, des trésors d'ingéniosité, qui, des sommes exorbitantes pour se procurer le Graal. La rareté du produit, qui le rendait encore plus fascinant, associée à la fréquentation assidue des blogs de scrappeuses américaines qui avaient le privilège de pouvoir l'utiliser, a contribué à le faire connaître mais aussi à favoriser l'amalgame entre le nom du produit tant convoité et sa destination en scrap, et depuis deux ans tout le monde ne parle plus que de son Project Life (sauf moi, du moins je crois, en 2011, c'était l'album "52 semaines" et en 2012, même si j'utilisais un système à pochettes, ce n'était pas celui de Becky et je parlais de mon Projet 2012). C'est devenu une "tendance lourde" (pas seulement au figuré, diront certaines...) et il est désormais courant de lire sur les blogs "Je n'avance pas dans mon Project Life" (c'est beaucoup plus répandu que "Je suis parfaitement à jour dans mon Project Life"). Les magazines de scrap vous proposent des tas d'idées pour votre Project Life, les scrappeuses douées pour le graphisme et dotées d'un sens du partage au moins égal à celui de Becky (mais dénuées de son esprit d'entreprise) vous offrent des cartes journaling pour votre Project Life, mais ce n'est que tout récemment que les grandes boutiques en ligne de scrap françaises ont commencé à commercialiser LE Project Life ®, le vrai, celui pour lequel Becky s'est décarcassée pour vous faciliter la vie.

De mon côté, après un essai de journal "52 semaines" en 2011 "pour voir", j'ai fait un album "Projet 2012" en 2012, et récidivé en 2013. En revanche, sans doute parce que je suis de nature rétive, je n'ai jamais voulu investir dans le Project Life ®, faisant montre, à l'égard des efforts déployés par Becky pour me faciliter la vie, d'une indifférence qui confine à l'ingratitude. Et j'en ai été bien punie (n'oublions pas que Becky a l'oreille du Créateur) car mon essai en 2012 avec des pages à pochettes "non ®" ne m'a pas convaincue. On pourrait en déduire que cela prouve peut-être a contrario la supériorité du Project Life ® sur ses concurrents?

Pour ma part, j'en ai conclu que, dans mon cas, ce n'était pas le concept de scrap qui était en cause mais le support. Cette année, je n'ai donc pas abandonné le journal mais j'ai choisi comme support un smash book (!!). Le smash book est commercialisé par K&Company, c'est un gros cahier à spirale qui comporte 80 pages avec des imprimés différents mais assortis et correspondant en gros à un thème. K&Company vend un tas d'autres articles qui vont avec le smash book, mais on peut très bien s'en passer. Avec le smash book, je colle, je décolle, je recouvre, j'écris directement sur les pages, je vaporise, et surtout, je ne vois plus la vie en 6 pouces par 4!!!

Alors, pour répondre en deux lignes à la question de Stéphanie, j'utilise le smash book comme support pour mon journal scrappé, que beaucoup appellent à tort un project life!

 

Et si vous voulez voir un peu de scrap aujourd'hui, et pas seulement en entendre parler, il faut aller LA...