Un peu de lecture aujourd'hui?

Pendant notre voyage en Jordanie, j'avais été intriguée, dans le guide, de voir un encart qui parlait d'une Néo-Zélandaise qui avait épousé un Bédouin et vivait à Petra. Je savais qu'elle avait acquis une certaine célébrité locale en publiant un livre, et puis, dans notre hôtel à la mer Morte, j'ai trouvé ce livre et je l'ai acheté, ne sachant pas si je le trouverais facilement une fois rentrée.

"Married to a Bedouin" est l'histoire vraie de Marguerite van Geldermalsen, infirmière néo-zélandaise, née de parents néerlandais (d'où son nom qui lui sera finalement bien utile!) qui visite Petra en 1978 et y rencontre Mohammad, un Bédouin qui vit dans une grotte de l'antique cité nabatéenne. Elle tombe amoureuse de lui et au bout de deux mois et demi, ils se marient. Rien d'exceptionnel à cela, déclare Marguerite, c'est juste que c'était plus simple! Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre un peu "passif", mariée à un Bédouin, Marguerite impressionne par sa faculté d'adaptation, son pragmatisme, et aussi sa capacité de conserver son libre-arbitre.

Married to a Bedouin

L'histoire de Marguerite et de Mohammad est avant tout, et jusqu'au bout, une histoire d'amour. Et on est surpris de voir à quel point cet amour permet d'aller au delà des différences culturelles. En tout cas, si cela a été difficile à un moment ou à un autre, Marguerite ne le montre pas. Pour autant, elle ne verse pas non plus dans l'angélisme ni dans le prosélytisme. Responsable du dispensaire de Petra (il s'agit de la période antérieure à 1983, quand les Bédouins habitaient encore sur le site, dans des grottes et des tentes, avant qu'ils ne soient "relogés"), elle ne se gêne pas pour tancer vertement les femmes qui viennent la consulter avec un enfant tartiné de purée de tomate parce qu'il s'est brûlé et que c'est apparemment le remède de bonne femme en usage chez les Bédouins. Marguerite s'adapte, apprend à cuire du pain, à faire du feu, à filer, mais il y a aussi certaines traditions qu'elle décide qu'elle ne suivra pas. Elle refuse, par exemple, de garder ses nouveaux-nés chez elle pendant quarante jours après leur naissance et les sort dès le douzième jour (elle est la première à reconnaître que la coutume a peut-être du bon, car sa petite fille est le seul bébé de l'endroit a avoir attrapé une grippe à l'âge de quinze jours!), et accepte poliment toutes sortes de talismans et recettes miracles censées faire grossir son premier bébé jugé trop maigre, sans pour autant y avoir recours. Elle a une ligne de conduite simple: parfois, les conceptions des deux cultures sont  vraiment trop éloignées et ce n'est même pas la peine d'essayer d'expliquer quoi que ce soit.

Sa "tribu" bédouine l'accepte comme elle est aussi. Si, au début, ses principaux mérites aux yeux des proches de Mohammad étaient d'avoir les cheveux blonds et de posséder une montre, après quelques années on vantera aussi ses qualités d'infirmière et sa maîtrise de l'arabe. En revanche, il reste des sujets d'incompréhension: pourquoi s'entête-t-elle à vouloir utiliser le muzferr, un porte-bébé traditionnel bédouin qu'elle trouve très pratique mais qui, selon les femmes de la tribu,n'est pas assez bien pour elle!  Le regard des Occidentaux n'est pas non plus toujours facile à accepter, pendant les premières années, elle préfère rester à l'abri dans sa grotte quand il y a beaucoup de touristes, ne voulant pas être considérée comme une "hippie gone native", une illuminée qui a décidé de se prendre pour une autochtone...

Au bout de deux ans, Marguerite et Mohammad partent en Nouvelle-Zélande, pensant peut-être s'y installer, car Mohammad n'a jamais exclu de quitter Petra... et au bout de quelques mois, c'est Marguerite qui préfère revenir, car finalement, elle s'ennuie, et cela lui pèse de ne plus pouvoir passer chez les gens à l'improviste comme  Petra, et de devoir toujours prévenir avant sa visite!

Il y aurait beaucoup à dire sur ce livre qui est un beau livre d'amour et de tolérance... une petite anecdote pour revenir à une remarque que je faisais au début à propos du nom de Marguerite. Au moment d'établir les papiers pour le mariage, complexe épreuve administrative qui nécessite deux jours de négociations et de démarches, il y a un problème, le passeport de Marguerite ne mentionne ni le nom de son père, ni celui de son grand-père, ni celui de sa tribu. Or, c'est nécessaire pour pouvoir se marier. En dix minutes, le problème est réglé: son nom: "Marguerite", celui de son père," Jane", celui de son grand-père, "van", celui de sa tribu, "Geldermalsen"!

Malheureusement, ce livre n'est pas disponible en français et je ne sais pas s'il le sera un jour... Il est édité en anglais chez Virago et disponible en ligne à l'endroit habituel (il existe aussi en allemand, au cas où!)