Voilà, mon doute est désormais dissipé, j'ai collé ma page de droite "Ellis Island", souvenez-vous, je vous avais montré la page de gauche ici, ce n'était que la semaine dernière. Au passage, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais c'est la deuxième semaine que je poste deux pages dans la semaine, il y a du mieux, non? Alors, que peut-on bien fabriquer pour tergiverser à propos d'une page aussi simple? Eh bien, par exemple se demander s'il vaut mieux mettre la fenêtre à gauche de la mosaïque de visages ou la mosaïque des visages à gauche de la fenêtre, s'il vaut mieux aligner complètement les deux blocs verticaux ou les décaler légèrement, et en cas de décalage, s'il vaut mieux que la fenêtre soit plus ou moins haute que les visages... Juste avant de coller, quand j'ai été assaillie par le fameux doute, la fenêtre était à gauche des visages, et les deux blocs étaient alignés. En fin de compte, je suis contente d'avoir changé, quand on regarde la double page, c'est bien que la lecture des deux pages se termine par cette fenêtre.

Dans la grande salle du rez-de-chaussée d'Ellis Island, on est d'abord accueilli par les monceaux de malles, cantines et panières, que vous avez vus sur ma première page. Ensuite, on passe dans un espace entièrement consacré à l'histoire de l'immigration aux Etats-Unis. Les statistiques sur le nombre d'immigrants, sur leurs pays d'origine, sur la répartition par âge ou par sexe sont présentées de manière extrêmement vivante par des montages en volume et permettent de se faire très rapidement une idée de la structure des flux migratoires depuis le début du XIXe siècle. Plusieurs applications interactives invitent le visiteur à en savoir plus sur les différentes communautés ethniques et linguistiques présentes aujourd'hui aux Etats-Unis, à découvrir quels mots l'américain a emprunté aux langues des immigrants, à retrouver des ancêtres, etc.

L'un des aspects les plus saisissants de cette salle, c'est cet immense mural que constitue une mosaïque de visages d'immigrants (ou de descendants d'immigrants). Symbole de la diversité américaine, il est en fait constitué d'une multitude de petits volets placés en oblique, avec au recto, un visage et au verso, une partie de la bannière étoilée, qui apparaît en entier quand on se place sous le bon angle. Mon mari a préféré photographier le côté "visages".

A Ellis Island, on ne se sent pas submergé par les statistiques, c'est toujours l'aspect humain qui prévaut. Devant cette mosaïque de visages, j'ai pensé au refrain de cette chanson de Paul Simon (qui n'est pas une chanson sur l'immigration, d'ailleurs) mais qui dit "They've all come to look for America" (ils sont tous venus pour chercher l'Amérique). Au premier étage, devant cette fenêtre par laquelle on voit la statue de la Liberté, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que, entre 1892 et 1954, plus de douze millions de personnes avaient regardé dans cette direction, en espérant de tout leur coeur être autorisées à entrer sur le territoire américain et y commencer une nouvelle vie... 

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Encore quelques mots sur Ellis Island, car plusieurs d'entre vous m'ont laissé, la semaine dernière, de gentils commentaires disant qu'elles trouvaient cette visite intéressante. Jusqu'en 1890, les questions d'immigration relevaient de la compétence de chaque état des Etats-Unis. Pour l'état de New York, les contrôles et les formalités se faisaient à Battery Park, à la pointe sud de Manhattan. Entre 1855 et 1890, huit millions d'immigrants étaient déjà entrés aux Etats-Unis. En 1890, la responsabilité en matière d'immigration a été transférée à l'Etat fédéral qui a décidé d'ouvrir un centre de traitement des formalités d'immigration à Ellis Island, dans le port de New York. Il ouvrit ses portes le 1er janvier 1892, et la première personne à passer par le centre fut une jeune Irlandaise du nom d'Annie Moore, âgée de quinze ans, qui arrivait aux Etats-Unis accompagnée de ses deux frères. Cinq ans après, les bâtiments furent ravagés par un incendie, mais le gouvernement ordonna leur reconstruction et le centre rouvrit en 1900. L'immigration battait son plein, en 1907, le centre vit passer environ 1,25 millions d'immigrants. Attention, toutefois, il ne faut pas croire que tous les immigrés ont transité par Ellis Island. Les passagers de première et deuxième classe faisaient l'objet d'un rapide contrôle à bord des navires et étaient dispensés du passage par le centre sauf s'ils avaient un sérieux problème de santé ou si leur situation juridique n'était pas claire. En revanche, les passagers de troisième classe, eux, étaient acheminés par chaloupe à Ellis Island, où ils étaient soumis à un contrôle d'identité et à une inspection sanitaire. Les immigrants en bonne santé et dont les papiers étaient en règle quittaient généralement l'île trois à cinq heures après leur arrivée. Ceux qui avaient des problèmes de santé mineurs étaient dirigés vers l'hôpital de l'ïle, les cas les plus sérieux étaient refoulés, tout comme les gens en situation irrégulière ou sous le coup d'une condamnation dans leur pays d'origine. On estime à 2% environ le pourcentage de candidats à l'immigration refoulés. Pendant chacune des deux guerres, l'île a servi de centre de détention pour les gens soupçonnés d'être des ennemis de l'Amérique. C'est en 1954 que le centre a définitivement fermé ses portes. Un vaste programme de restauration a été lancé en 1984 et le bâtiment principal a rouvert en tant que Musée de l'immigration d'Ellis Island en 1990.