Bienvenue dans le billet botanique du lundi! Oui, le week-end a été fort peu propice au scrap, d'une part parce que j'avais beaucoup de choses à faire, et d'autre part parce qu'il a fait beau, ce qui m'a donné encore plus de travail.

Samedi et dimanche, en effet, mon jardin a été le théâtre d'une lutte sans merci contre le phalaris. Qu'est-ce que c'est? Sur les catalogues de pépiniéristes, on le décrit comme une graminée décorative au feuillage panaché, ce qui est exact. On précise généralement aussi qu'il s'agit d'une plante à rhizome très vigoureuse, ce qui est vrai aussi, et extrêmement important. Peu vont jusqu'à le qualifier d'envahissant, ce qui est pourtant sa principale caractéristique. Le phalaris, qui porte aussi le nom courant plus bucolique de "ruban de bergère", a les défauts de ses qualités. Peu regardant sur la nature du sol et l'exposition, il rend bien service dans un coin ombragé, mais il est à surveiller comme le lait sur le feu si on l'installe à un endroit où les conditions sont plus favorables. J'en avais un pied que j'avais transféré dans le fond du jardin, sous un arbre, pour tempérer un peu ses ardeurs. Quelque temps avant notre départ pour le Japon, j'en avais ramené quelques brins dans un massif ensoleillé pour combler un trou dans mon parterre, mais j'avais l'oeil sur ses visées expansionnistes. Pendant notre absence, les quelques consignes que nous avions laissées à l'agence pour nos locataires concernaient davantage le fonctionnement de la chaudière ou le caractère capricieux de telle serrure que la tendance envahissante du phalaris, ce qui fait qu'à notre retour la maudite graminée avait envahi plus d'un tiers du massif.

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Rebutée par l'ampleur de la tâche qui m'attendait, j'avais décidé d'attendre plutôt la fin de l'hiver pour déclarer la guerre à l'envahisseur et le bouter hors du massif. Ainsi, j'étais sûre que les feuilles de l'an dernier seraient sèches, et que je verrais enfin le sol, au cas où il y aurait aussi eu quelques bulbes en dessous. Du coup, la fenêtre de tir était assez réduite, jusqu'à la mi février, il a vraiment fait trop froid pour travailler dans le jardin et prétendre arracher quoi que ce soit, et je voulais aussi attendre que les nouvelles pousses montrent le bout de leur nez pour localiser les rhizomes, mais pas trop non plus pour que la végétation ne soit pas trop développée. Samedi, l'arrivée du soleil a provoqué le déclenchement des hostilités et l'offensive s'est poursuivie dimanche. J'ai dû procéder par frappes chirurgicales car, comme je le pressentais, il y a quelques bulbes qui poussent dessous, et en attaquant à la bêche, j'aurais tout détruit. J'ai rempli quatre sacs de 100 litres "déchets verts" de feuillage séché et de racines... J'en ai conservé un tout petit carré, que je vais mettre sous haute surveillance mais je suis certaine d'en voir réapparaître même aux endroits où j'ai cru avoir tout arraché. Si vous en voulez, je peux vous en envoyer, même si vous habitez loin, ce truc est tellement coriace que je le crois capable de résister à plusieurs jours de voyage postal et même à deux grèves de la poste consécutives...

Heureusement, il n'y a pas que le phalaris dans mon jardin, c'est la pleine floraison des hellébores! Les variétés les plus connues sont la rose de Noël (Helléborus niger) qui fleurit dès décembre-janvier, et la "rose de Carême" qui est un peu plus tardive. C'est cette dernière variété que j'ai dans mon jardin (Helleborus orientalis) et si cette plante aussi s'est multipliée, je ne lui en veux pas, au contraire. 

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Dans l'hellébore, je ne sais ce que préfère, de la fleur ou de son nom. Ce nom qui semble si féminin et est pourtant masculin, ce nom que l'on écrit au choix avec ou sans "h", comme chez La Fontaine où le lièvre recommande à la tortue de se "purger avec quatre grains d'ellébore". On disait que l'ellébore soignait la folie (!), c'était donc la manière de l'époque de dire "T'es pas un peu malade, non?". A propos de graines, tous mes hellébores sont des rejetons du même pied.

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Pourtant, toutes les fleurs ont des couleurs différentes, entre le crème et le rose-mauve. C'est une des particularités des semis spontanés de cette plante, les couleurs des fleurs ainsi obtenues sont variables. 

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Pour moi, c'est un vrai plaisir de pouvoir profiter de ces multiples tons, par exemple dans un petit centre de table.

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