Je ne suis pas fanatique de la télévision, mais lundi soir, je tenais à regarder ce magazine de la rédaction de France 2 intitulé "Un œil sur la planète" consacré ce soir-là au Japon. Bien sûr, il était diffusé à une heure assez tardive, mais le programme et "l'accroche" un peu trop racoleuse m'avaient incitée, avant de juger, à voir par moi-même ce qu'il en était réellement.

Je m'explique: la présentation officielle du magazine, publiée sur le site internet de la chaîne et relayée par tous les magazines de programmes télé, débutait ainsi: "Beaucoup de visiteurs le disent, "arriver au Japon, c’est comme débarquer sur la planète Mars". Dans la rue, les images dépassent l’entendement, choquent notre rationalité européenne. Mais ce qui se voit aujourd’hui au Japon risque d’arriver demain chez nous.

Succession de clichés: le Japon, pays ultra-moderne, futuriste, où les gens ont tous un robot à la maison et vivent dans un monde de haute technologie, l'histoire du voyageur qui croit débarquer sur la planète Mars, et l'assurance que tout ce qui se fait au Japon arrivera dix ans plus tard chez nous.

Remettons certaines choses à leur place: dans un pays aussi moderne, les lave-linge ne lavent toujours qu'à l'eau froide, les compteurs d'électricité sont encore relevés tous les mois, et il y pas mal de domaines dans lesquels tout se passe encore comme chez nous il y a vingt ou trente ans... Quant au voyageur qui débarque sur une autre planète, les médias nous en avaient tellement rebattu les oreilles qui, personnellement, trois jours après mon arrivée là-bas, mon principal sujet d'étonnement, c'était que ces gens vivaient finalement d'une manière pas si éloignée de la nôtre. D'ailleurs, ma mère s'est presque plainte, quand elle est venue nous voir, de ne pas se sentir tellement dépaysée!

J'avais donc quelques craintes vis-à-vis de ce reportage, qui se sont finalement révélées infondées. Certes, le premier sujet, sur la robotique, donnait un peu dans le sensationnel (on a pu y revoir le robot patient de dentiste dont mon fils vous avait parlé ici), et pourrait presque vous laisser penser que dans cinq ans, toutes les réceptionnistes nippones seront remplacées par des robots. Cela n'aurait pas que des inconvénients, il suffirait de les équiper en série du disque "anglais" et ça faciliterait considérablement la vie des étrangers. En plus, elles auraient enfin toutes une belle dentition (encore un domaine où ils ne sont pas en avance).

A part ça, le sujet sur la vie quotidienne de la famille Adachi nous a beaucoup plu, car il donne une bonne idée de ce qu'est vraiment la vie au Japon. Cette famille n'habite pas dans un petit appartement dans une tour de béton, mais dans une maison inidividuelle, dans un vrai petit village, avec la maison des grands-parents à côté. On a pu voir les enfants partir à l'école à pied, avec leur cartable sur le dos et leur gourde autour du cou et, le jour de la rentrée des classes, les parents sur leur trente-et-un et les écoliers en costume ringard d'il y a quarante ans chez nous. Le papa fait cinq heures de transport par jour pour se rendre au bureau pendant que la maman reste à la maison. Le samedi et le dimanche, il y a entraînement de base-ball, danse et batterie pour les enfants. Bien sûr, le reportage met un peu en avant certains faits plus susceptibles de fasciner le spectateur français: le papa répète avec ses collègues la profession de foi de l'entreprise, affirme qu'il reste parfois dormir au bureau, ne prend surtout pas ses congés. Mon mari travaillait peut-être dans la seule entreprise du Japon où on ne répète pas le serment de loyauté et de fidélité à la société tous les matins? Et lui, il n'a jamais vu aucun de ses collègues dormir au bureau, enfin... pas la nuit.   

Mais en dehors de cela, le reportage saisissait bien, je trouve, le mélange de tradition et de modernité qui fait le quotidien des Japonais: les enfants entre Nintendo DS et cours de calligraphie, entre Pokemon et cérémonie du thé. Intéressant aussi, ce moment du reportage où le journaliste, qui a remarqué qu'au Japon on ne donne pas dans les grandes effusions, demande au père de famille comment il manifeste son amour à sa femme (on apprend au passage qu'il lui achète des cadeaux pour Noël et pour son anniversaire et que les gens âgés considèrent ça comme une extravagance - ils vivent vraiment dans un petit village...), et le papa répond que, le week-end, quand ils vont conduire les enfants à leurs activités, ils sont "proches l'un de l'autre et ils regardent dans la même direction".

Les autres sujets (Cool Japan et les seniors) étaient tout aussi intéressants et bien documentés, le problème du veillissement de la population était bien traité, avec cet incroyable cardiologue de quatre-vingt-dix sept ans... Je retiendrai aussi, vers la fin, cet entretien avec le patron de Chanel Japon, Français expatrié depuis trente-cinq ans et amoureux du Japon, qui parle très joliment de la fascination qu'exerce sur lui le Japon et conclut en disant dit qu'il est allé en Chine mais qu'il préfère rester au Japon parce que le Japon, "c'est le raffinement"...

Voilà, c'était le moment de nostalgie, un reportage qui valait finalement bien mieux que ce que le programme pouvait laisser penser et des images que nous avons eu plaisir à revoir...