18 mars 2008
Sakura
Je réponds pêle-mêle à vos questions à propos de la liste d'hier. Vous avez été plusieurs à demander ce que sont les goma tamago. Eh bien, c'est un des principaux omiyage à ramener de Tokyo, avec les Tokyo bananas! (comment, vous ne saviez pas que les bananes étaient une grande spécialité tokyoïte?). Alors, les goma tamago, de goma: sésame, et tamago: oeuf, ce sont des petites pâtisseries en forme d'oeuf, fourrées d'une crème au sésame noir. C'est excellent. Le sésame noir est très utilisé au Japon pour les desserts, c'est toujours un peu surprenant de se retrouver avec un aliment couleur anthracite dans son assiette, mais c'est vraiment délicieux car très parfumé et beaucoup moins sucré que nos desserts. Le goma tamago doit aussi sa popularité au fait que son nom peut se lire de gauche à droite ou de droite à gauche, syllabe par syllabe.
La tenue vestimentaire: oui, c'est très courant de voir des jeunes filles attifées de la sorte, surtout pour sortir en ville. C'est peut-être une façon de compenser les uniformes qu'elles doivent porter si elles sont vendeuses ou caissières, ou les vêtements stricts des offices ladies? En fait, il est évident qu'elles ne se disent jamais: "je ne vais pas acheter ce truc, il ne va avec rien de ce que j'ai", donc c'est Carnaval en permanence. Pour les chaussures, du moment qu'elles plaisent, peu importe si elles sont trop grandes. Comme en général elles prennent des talons d'au moins dix centimètres, on voit un espace de facilement deux centimètres entre le talon et l'arrière de la chaussure.
Elle porte bien son nom, Marie-Poire, non? En plus, c'est une affiche de trois mètres de haut sur un immeuble à un carrefour, et c'est un excellent repère pour savoir où tourner sur le chemin de la gare!
Je ne connais pas les statistiques d'accidents chez les ouvriers du bâtiment, mais quand on les voit escalader les échafaudages avec un mètre de tissu qui pend entre les jambes, il y a de quoi être inquiet. Même choses pour les jika-tabi qu'ils ont aux pieds et qui ne doit pas protéger grand-chose s'ils se laissent tomber un outil sur le pied. Etonnant dans un pays si obsédé par la sécurité, où le premier jardinier communal venu conduit sa camionnette avec un casque...
Passons du noir au rose. Voici un texte que les fidèles d'entre les fidèles connaissent déjà, car il a été publié sur le blog de Cath en février 2007, avant que je ne crée mon blog. Cath était partie en Birmanie et avait demandé à ses lectrices de lui envoyer de quoi faire vivre son blog en son absence, je lui avais envoyé ce texte qu'elle avait gentiment publié. Par la suite, je n'ai pas remis le texte sur mon blog car il venait de passer chez Cath. Mais c'est de nouveau la saison des cerisiers et je ne pouvais pas quitter le Japon sans vous parler des sakura... J'ai fait quelques retouches minimes sur le texte et j'ai changé toutes les photos! Et comme je pense qu'un certain nombre d'entre vous ne l'ont jamais lu, le revoici:
Cela démarre dès le mois de février dans les magasins. A peine les cartes et les présentoirs de Saint Valentin ont-ils été retirés des rayons que les sakura no hana, les fleurs de cerisier, commencent à éclore sur les sets de table, le papier à lettres, la vaisselle ou les pâtisseries. Comme toujours au Japon, le meilleur côtoie le pire : exquises boîtes en bois de cerisier, bols laqués ornés de délicats motifs floraux, et au rayon voisin hideuses branches en plastique garnies de touffes de fleurs d’un rose criard. Les restaurants chics proposent des menus de saison, plats décorés d’une petite branche portant deux ou trois boutons, riz aux fleurs de cerisier, sorbet aux fleurs de cerisier, car au Japon le sakura est l’objet d’un tel culte qu’on va jusqu’à le déguster. L’attente commence…
A la télévision, on piaffe littéralement d’impatience. La NHK (télévision nationale) n’en finit plus d’expédier ses envoyés spéciaux dans les endroits les plus renommés pour la floraison des cerisiers, afin d’ausculter les bourgeons et de nous donner une estimation quant à leur date d’éclosion. La NHK semble disposer d’une armée d’envoyés spéciaux qui sillonnent le Japon pour faire le point sur les phénomènes climatiques saisonniers et les questions agricoles, qu’il s’agisse des typhons, des avalanches, de la plantation du riz, de la floraison du colza ou du changement de couleur des érables. Mais à partir du début mars et pour un bon mois au moins, ce sont évidemment les cerisiers qui les occupent.
«- Alors, Tanaka-san, vous êtes dans les collines de Yoshino, et ce sont bien des cerisiers que je vois là, derrière vous ?
- Oui, oui, Nakamura-san, je me trouve effectivement devant les célèbres cerisiers de Yoshino, et cette année encore, nous aurons un bien beau spectacle au moment de leur floraison. (Tout ce dialogue est évidemment ponctué par les exclamations, à mi-chemin entre l’interjection et l’onomatopée, dont les Japonais usent et abusent pour signifier à leur interlocuteur qu’ils suivent bien et qu’ils acquiescent)
- Vraiment, Tanaka-san ?
- Ah oui, Nakamura-san, regardez plutôt. »
Et là, on s’attend à voir Tanaka-san tirer de sa poche un pied à coulisse et pousser la conscience professionnelle jusqu’à mesurer les bourgeons, qu’il examine de fort près, mais il n’en est rien. Non, le caméraman nous gratifie d’un de ces zooms vacillants dont la NHK a le secret (habitude acquise pendant les tremblements de terre? prédominance d’ «emplois réservés» pour la prise de vues à la NHK ?) et nous devons nous contenter d’un gros plan légèrement flou (aussi une spécialité maison) sur deux ou trois bourgeons. Pour les profanes que nous sommes, c’est totalement insignifiant, mais pour l’œil exercé du Japonais sakuraphile, c’est probablement une information déterminante quant à la qualité du spectacle à venir et à la durée de l’attente nécessaire.
Et puis, début mars, arrive une date capitale. C’est un des grands titres du journal télévisé, car l’affaire est d’importance : la très officielle agence météorologique du Japon publie sa carte de prévision de la floraison des cerisiers. Pour l’occasion, on a invité au J.T un expert de la prévision horticole, qui présente la première carte. La première, car elle sera mise à jour toutes les semaines. En cette saison, en effet, le temps est encore instable, et quelques jours de froid peuvent retarder la floraison. Il ne s’agirait pas de faire manquer le moment tant attendu à une région entière en lui fournissant des prévisions erronées. Pour l’heure, l’expert présente les dates de floraison prévues, représentées sur la carte par des sortes de courbes de niveau allant du rose pâle au plus beau fuchsia, en les accompagnant d’une avalanche de chiffres, statistiques et records pour chaque région : dans la région de Kagoshima, ce sera 5 jours plus tard que l’année dernière, mais 3 jours plus tôt qu’il y a deux ans, dans la préfecture de Saga, seulement le 2 avril, soit la date la plus tardive depuis 1959…
A partir de ce jour-là, la tension ne cesse de croître. La fièvre de l’attente s’empare du Japon. Les envoyés spéciaux sillonnent le pays, traquant la première fleur : « Mizuno-san, vous êtes à Osaka, je crois ? », « Nous retrouvons Takahashi-san en direct du jardin du palais impérial à Tokyo », « Direction Owakuni en compagnie de Yamada-san ». En studio, Nakamura-san et Okawa-san n’en peuvent plus de se récrier et de s’ébaudir. (A la NHK, les présentateurs vont toujours par deux, car il en faut un pour hocher la tête et émettre des sons approbateurs pendant que l’autre parle).
Il y a deux ans, coup de théâtre. L’agence météorologique nationale avait encore affiné ses prévisions et annoncé que la floraison à Tokyo aurait lieu le 27 mars, qui tombait fort opportunément un dimanche. La foule avait donc commencé à se masser dès le matin dans la plaine des cerisiers et dans les parcs réputés pour le spectacle qu’ils offrent. Malheureusement, un refroidissement les jours précédents avait probablement ralenti le développement des bourgeons car les fleurs n’étaient pas au rendez-vous. Le présentateur du journal télévisé a donc dû expliquer, avec une mine de circonstance, que les experts dépêchés sur place par l’agence météorologique nationale aussi bien le matin qu’en fin de journée n’avaient pu que constater que le nombre de fleurs requis par branche pour déclarer officiellement que la floraison avait commencé n’était pas atteint, au grand dam des badauds rassemblés sous les branches dégarnies, réduits à livrer à l’envoyé spécial de la NHK des commentaires rendus encore plus surréalistes par l’interprétation consécutive en anglais assurée en direct pendant le journal : « cette femme dit qu’elle a fait tout le chemin depuis la préfecture de Kanazawa et qu’elle est un peu déçue ». (Mon préféré, dans le même style, c’était lors de la visite de Chirac au Japon : « This woman says President Chirac is tall and friendly »).
En fait, cette année-là, il a fallu attendre une bonne semaine supplémentaire pour que l’explosion tant attendue se produise enfin. Ce n’était pas aussi soudain qu’on nous l’avait annoncé, mais nous avons tout de même pu suivre la progression du développement des bourgeons jusqu’à l’éclosion et à l’épanouissement final.
Cela dit, quel spectacle ! C’est d’abord le nombre qui étonne. Il y a des cerisiers partout, le long des avenues, dans les jardins, en bosquets dans les parcs, sauvages sur les collines à la campagne, mais quand ils ne sont pas en fleurs, on ne se rend pas compte que ce sont des cerisiers.
Les Japonais sont passionnés par les sakura, car ils sont d’une manière générale fascinés par l’éphémère. C’est peut-être la raison de leur empressement à aller admirer la floraison, dont ils connaissent la brièveté. La langue japonaise possède un mot pour décrire cette activité, c’est le « hanami », littéralement "regarder les fleurs". Dans les parcs, tout l’éventail de la technologie photographique nippone est déployé, du téléphone portable tendu vers l’arbre tant admiré jusqu’au Nikon dernier modèle avec objectif télescopique de 60 cm de long. Certains amateurs très éclairés, un appareil en bandoulière, l’autre fixé sur un tripode, n’hésitent pas à se lancer dans d’hasardeuses escalades pour réaliser « la » photo…de cette année-là, car ils recommencent probablement tous les ans.
Au moment du « hanami », on pique-nique sous les cerisiers. En famille le week-end, entre collègues de bureau le soir en semaine, on se presse sous les branches fleuries.
Sur les nattes de plastique étendues sur le sol, chaussures alignées sur le bord, sous les lampions dans la soirée, on se passe en riant les sushi, les boulettes panées et les crackers de riz, sans oublier la bière et le sake.
A Nagoya dans les parcs, à Hiroshima sur les berges de la rivière, le moindre centimètre carré est occupé, on se croirait à La Baule ou à Ostende au mois d’août. Il semble que ce soit un rendez-vous qu’on ne peut pas tout simplement manquer, et même que cela réponde à un besoin.
J’ai même vu des personnes très âgées, encadrées par des bénévoles qui les avaient conduites là (la société japonaise repose beaucoup sur le bénévolat) installées sur des futons sous les cerisiers, car tout le monde doit pouvoir admirer les fleurs.
Le plus incroyable dans ces foules qui se pressent pour profiter de ce bref spectacle, c’est cette passion pour toutes les étapes de la floraison, due peut-être à cette conscience aiguë de l’éphémère, qui les pousse à applaudir jusqu’à la déliquescence de cette quasi-perfection.
Dans le jardin du sanctuaire Heian à Kyoto, assis sur des bancs, ils dégustent des glaces au thé vert. Une brise se lève, un souffle qui suffit à détacher les pétales des fleurs désormais totalement épanouies. Un tourbillon de pétales s’élève, il neige des sakura… Un grand soupir de ravissement s’échappe de centaines de poitrines, « kirei desu ne ! » (c’est beau, hein…). Oui, les pétales tombent, annonçant la fin, mais c’est dans l’ordre des choses et les Japonais le savent bien, qui savourent le spectacle jusqu’à la dernière goutte.
Deux semaines plus tard, le rideau va retomber sur les sakura, ils auront tout l’été devant eux pour classer les photos, avant de se passionner pour les « momiji » (érables) à l’automne !
17 mars 2008
Ce qui m’a amusé
C'est encore mon mari qui a la parole aujourd'hui, avec ce qui l'a amusé au Japon, et ce n'est qu'une petite sélection, car nous nous sommes souvent demandé si, dans un quelconque autre pays, nous aurions eu autant de sujets d'amusement... Voici donc ce qui l'a amusé:
1/ L’arrivée des fresh graduates sur le marché du travail, début avril, tous engoncés dans le même costume.
2/ Le tournoi de Sumo, très fun
3/ L’accoutrement invraisemblable de certaines Japonaises qui n’ont pas l’air de connaitre les saisons, qui doivent toutes être daltoniennes et qui ne connaissent pas leur pointure non plus (celle-ci sort d'un magazine, mais allez au centre de Nagoya le week-end, elles sont toutes comme ça, voire pire!).
4/ La voix du système de navigation de ma voiture qui me conseille de me reposer après 2 heures de conduite et dont la logique de calcul de certains itinéraires me dépasse.
5/ Les montagnes de boites d’omiyage (cadeaux) à ramener avec les spécialités locales quelquefois douteuses et identiques à travers tout le pays.
6/ L’agencement des grands magasins tous identiques à travers le pays (sous-sol alimentaire, RDC maquillage, étage femmes, étages enfants, étage hommes, étage japonais, étage restaurants, étage plaine de jeux pour enfants..)
7/La coiffure de certains jeunes hommes qui doivent passer quelques heures le matin à se préparer, avec au minimum 3 kg de laque
8/ Les goma tamago
Photo: http://shewhoeats.blogspot.com/2005/03/not-for-hunting.html (quand on en achète, on ne les prend pas en photo avant de les manger, il a fallu que je trouve une photo ailleurs!)
9/ La photo de mariée de Marie Poire avec son chou
10/ Les terrains de foot sur les toits des immeubles à Tokyo (on peut jouer même la nuit!)
11/ Le costumes des ouvriers du BTP, serviette de toilette sur la tête (sous le casque), pantalon extra bouffant (j’en ai même vu un un jour en impression burberry) et chaussures de toile avec semelle en plastique.
15 mars 2008
Je suis un bol à thé
Encore une matinée consacrée aux achats , et voici un des derniers. Qu'est-ce que c'est? Il va vous répondre:
Qui suis-je ?
Je suis un bol à thé.
Mon père est un potier, ami du dieu argile.
Ma mère est un four, amie du dieu du feu.
Ma demeure est là où il y a de l’eau.
Je ne suis qu’un simple bol à thé, utilisé pour boire, mais le Maître de la cérémonie du thé me voit comme une partie intégrante de la nature.
Le Maître du thé recherche constamment à réaliser des combinaisons surprenantes avec moi.
Le Maître dit : “C’est mitate”.
Quand le Maître me berce dans ses mains, je suis heureux.
Quand je sens le thé chaud en moi, je me sens satisfait.
Lorsque le Maître goûte le thé à mes lèvres, c’est comme un baiser.
Ma famille est grande. Mon frère aîné est très fort et unique.
Ma sœur aînée est belle et élégante.
Ma sœur cadette est mignonne et adorable.
Je veux être élégant, avoir un poids parfait et de bonnes proportions.
Le Maître me trouve séduisant car mes lèvres sont le seuil du monde. Elles possèdent le pouvoir de contenir ou de libérer le thé.
Le Maître apprécie ma conversation dans le mouvement de mes lèvres.
Ma ligne reflète mon histoire, ma mélodie et mon rythme intérieurs
Mon pied est la partie la plus importante car le poids de tout mon corps repose sur lui.
Si mon corps bouge, alors je dois déplacer mon équilibre sur mon pied. La forme et la taille de mon pied sont directement liées à la forme et au poids de mon corps.
Chaque corps et chaque pied peut être différent.
Mon intérieur est un espace confortable. Il y a un bassin, pour le lac formé par le thé.
Ce bassin doit accommoder le fouet confortablement et rendre heureux les habitants vivant près du lac quand ils le voient.
Tandis que je prends de l’âge, le Maître continue à s’occuper de moi. Je deviens vieux et plus sage sous sa protection. Mon lustre et ma résonnance évoluent et deviennent plus calmes et silencieux.
Le Maître connait tous mes trésors mais mon rêve serait de les partager avec le monde entier
par Masakazu Kusakabe - février 2007
Je vous invite à prendre dix minutes pour aller vous ressourcer sur le site du potier Masakazu Kusakabe, qui existe en version anglaise et française en plus du japonais et d'où ce petit texte est extrait. Je vous recommande tout particulièrement la rubrique "Réflexions" et les deux délicieux textes qui composent "Zen et potier"
http://www.miharuarts.com/kusakabe/fr/reflexions.php#mylife
Enfin, une adorable anecdote très japonaise à la fin de notre sortie: en revenant à la voiture, restée sur le parking d'un des magasins que nous avons écumés visités, nous trouvons ce sac accroché au rétroviseur:
Un des nombreux sacs contenant nos non moins nombreux achats était apparemment resté sur le comptoir... Nous n'avons pas su le fin mot de l'histoire, quelqu'un dans le magasin était-il capable d'écrire quelques mots en français? Se sont-ils rués sur un logiciel de traduction en ligne pour pouvoir nous laisser ce petit mot, ont-il téléphoné à un ami qui connaît un peu le français? Nous avons trouvé ça charmant et nous sommes retournés les remercier...
14 mars 2008
Le moment des adieux
Les gens commencent juste à réaliser que nous partons... invitations, bouquets et cadeaux arrivent pêle-mêle. On trouve au Japon des poupées qui ont la tête en bois des poupées kokeshi mais dont le corps cylindrique est entouré d'un tissu doublé de papier sur lequel on peut inscrire des messages. Pour les étrangers, c'est la "sayonara doll" par excellence, mais l'amie qui s'est chargée de la commander me dit qu'il existe aussi un modèle pour les mariages. Le principe reste le même, la poupée "habillée" se présente comme ceci:
On dénoue sa ceinture, et on peut commencer à dérouler le tissu pour écrire des messages sur la doublure en papier:
En fait, le papier prolonge le tissu d'au moins soixante-dix bons centimètres, ce qui fait que la poupée peut contenir énormément de messages. J'ai reçu ma sayonara doll mardi, lors d'un déjeuner avec mes amies, ma fille recevra la sienne à l'école mercredi, son dernier jour de classe. Un joli souvenir à conserver précieusement...
13 mars 2008
Il est 5 heures, Tsukiji s’éveille
Aujourd'hui, une surprise, pour moi comme pour vous, mais d'abord quelques explications à propos de la liste d'hier.
Pour Nounychette: Les marimo sont des algues d'une espèce rare, qui s'agglutinent et prennent une forme parfaitement sphérique. On en trouve dans le lac Myvatn en Islande, où la colonie semble malheureusement dépérir, et dans le lac Akan à Hokkaïdo, où la colonie est en bien meilleur état de conservation. Au milieu du lac Akan, il y a une petite île sur laquelle a été aménagé un centre d'observation des marimo dans des aquariums qui communiquent avec le lac. C'est là que nous avons pris la photo. Autour du lac, on peut bien évidemment acheter son mini marimo dans un petit bocal, mais aussi les marimo en peluche, en porte-clés, en babiole à accrocher au téléphone, et toute la collection Kitty chan avec son marimo dans les bras, cela va sans dire.
Pour Traductix: Le Twilight Express est un train "de luxe" de JR qui relie Osaka à Sapporo l'été. C'est un genre de réplique de l'Orient Express, en moins luxueux et un peu plus japonais, il n'y a cependant pas de compartiment tatamis. Il ne circule que quatre mois par ans et pas tous les jours et est évidemment pris d'assaut. Il va beaucoup moins vite que le Shinkansen car il n'a pas son aérodynamisme, et il met donc une vingtaine d'heures pour faire Osaka Sapporo. Comme il longe toute la côte de la mer du Japon, on peut, si le temps le permet, assister au coucher du soleil sur la mer. Pour les plaques au sol sur les quais, ça ne change que dans les gares où passe le "Hikari Rail star", notamment à Hiroshima. Pour les trois autres variétés de Shinkansen, il n'y a pas de différence pour l'emplacement des voitures.
Venons-en à la surprise, qui m'a été faite avant-hier par mon mari. Il était à Tokyo pour son travail, et il est allé visiter le fameux marché aux poissons de Tsukiji (vous allez voir que ça n'entre absolument pas en conflit avec les horaires de bureau) dont il m'a ramené plein de photos... et un article pour mon blog, qu'il a rédigé dans le train au retour! C'est pas gentil, ça? Hier soir, choix et compression des photos, relecture, montage, et ... voilà:
Enfin, j’ai pu visiter le marché aux poissons de Tsukiji, c’était ma dernière sortie à Tokyo, et il était temps car je voulais absolument le voir avant de partir.
Pour aller à Tsukiji, vous devez être assez matinal car il faut être sur place à 5h00. Etant d’un naturel lève-tôt, j’étais déjà arrivé à 4h30, il faut dire que le taxi n’a mis que 15 mn depuis Shibuya. A cette heure-là, la circulation est plutôt fluide, les boulevards tokyoïtes ne sont remplis que de taxis pour les couche-tard ou les lève-tôt et de camions de livraison.
Arrivé sur place, je commence par traverser les quais de déchargement où des centaines de camions dégorgent des montagnes de caisses en polystyrène qui sont tout de suite livrées à leurs destinataires.
On se croirait dans une fourmilière (aucun rapport avec une fâcheuse comparaison il y a quelques années entre les Japonais et les fourmis). Ca grouille de tous les côtés, il y circule un drôle de transporteur qui aurait plu à Dary Cowl, même dans Star Wars ils n’en ont pas d'aussi kawaii, normal on est au Japon. Cet engin surprenant se compose d'un simple plateau avec, à l'avant, un cylindre qui renferme le moteur, surmonté d'un volant qui sert aussi de frein. Debout sur le plateau, le chauffeur dirige cet engin très maniable qui permet aux livreurs de traverser à toute vitesse les allées encombrées de boîtes en polystyrène.
Je commence par traverser les premières échoppes de poissonniers, je n’ai pas compté, mais c’est un multiple de 100 au minimum.
C’est un dédale d’étalages, de tables de découpe, de petites huttes pour la caisse (avec des milliards de bouts de papier agrafés partout), des poubelles d’abats, des poulpes de toutes les dimensions, des moules géantes (25 cm minimum) de superbes coquillages et des concombres de mer pas toujours appétissants, des piles de bacs remplis d’eau et de poissons bien sûr, des plateaux d’huîtres, à la japonaise, c'est-à-dire toutes sorties de leurs coquilles et posées en tas, des containers de glace.
Le tout est parcouru d’un réseau de tuyauteries digne d’une centrale nucléaire ukrainienne, l'eau ruisselle de tous côtés, je pense que les scénaristes de "Blade Runner" ont dû visiter cet endroit avant d’écrire leur script.
Puis j’arrive enfin au bâtiment de la criée au thon. Des centaines de thons congelés sont alignés sur le sol, il leur manque la tête et la queue, une entaille est faite sur le dessus à l’extrémité, les acheteurs y viennent regarder et palper la qualité de la viande. Cet endroit est réservé aux professionnels et donc interdit au public, à l'exception d'un petit corridor qui traverse le bâtiment et qui est réservé aux touristes qui s’agglutinent tous là pour contempler le spectacle.
Tous les acteurs sont là, avec leur bottes, leur pic à glace, le nom de leur société cousu dans le dos de leur blouson, et ils font tous les mêmes gestes.
Il y a ceux qui tirent les thons pour les aligner.
Il y a ceux qui ont un petit seau de peinture rouge et qui marquent à l’aide d’un pinceau les poissons (soit des numéros, soit des kanji.)
Et il y a ceux qui inspectent l’entaille faite à l’extrémité du thon, qui examinent la chair et qui, à l’aide d’un pic à glace, en extraient un petit morceau au niveau de la queue puis, après l’avoir malaxé entre les doigts, le goûtent et souvent le recrachent par terre, ce sont les acheteurs je présume. En fait, pour les initiés, cette entaille, pratiquée à cet endroit précis, donne une idée très exacte de la structure de la chair à l'intérieur du poisson.
A ce moment-là, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au livre d'Emmanuel Arnaud "Les trilingues" (je vous en recommande la lecture) et à son narrateur qui appelle les lycéennes japonaises de son école "les thons". En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu autant de thons.
Les thons "frais" sont dans un autre bâtiment, pas d’accès non plus, juste une vue depuis la porte coulissante. Ceux-là ont encore la tête, mais on leur a coupé la queue qui est ensuite placée dans les ouïes, ils sont bien sûr beaucoup plus beaux, noirs et luisants tels du granit. L'étiquette indique la provenance: les thons frais sont pêchés au large du Japon, alors que les thons congelés viennent du monde entier.
Puis une personne monte sur une caisse, un coup de cloche et les enchères commencent, je présume, car je ne comprends rien et je vois juste tous ces gens se faire plein de mimiques en levant les bras pendant que d’autres remplissent des petits bouts de papier.
Quand la vente se termine, les livreurs viennent prendre possession de la marchandise et embarquent celle-ci sur leurs charrettes à bras, pour la livraison.
Les immenses scies commencent alors à ronronner dans les échoppes et les découpes commencent (et oui, comme ils sont durs comme de la pierre, congelés, la seule façon de les découper, c’est à la scie).
Par contre, les thons frais ont droit à la découpe manuelle avec les couteaux ad hoc. J’observe un spécialiste qui affûte la lame de son couteau (la lame doit faire au minimum 1,70 m) avec j’imagine la même ferveur qu’aurait eu un samouraï affûtant son sabre avant le combat. Puis la découpe commence, impressionnante, à deux et en quelques minutes il ne reste que l’arête, et comme sur le thon rien ne se perd, même l'arête sera raclée pour en récupérer la chair.
Au hasard de mes déambulations entre les étalages, j’aperçois un poisson qui a réussi à s’échapper de sa bassine prison, il gesticule sur le sol au pied des roues des engins de transport, mais malheureusement pour lui il est vite rattrapé par son propriétaire, belle tentative, mais la mort certaine était sa seule destinée.
A l'extérieur, une armée de camions est prête pour les livraisons pour aller nourrir cette mégalopole qui se réveille doucement, où chacun va bientôt aller déjeuner ou dîner de ces sushi ou sashimi frais du jour, et demain vous faites quoi ? Eux, ils recommencent.
Pour moi, il est 6h30, heure d'aller petit-déjeuner et au menu : sashimi, un régal. Puis retour à l'hotel, douche, il est 7h30 l'heure d'aller au bureau.
12 mars 2008
Japon d'un ado
Mon café d'hier vous a laissés bien perplexes... Ce qui est sûr, c'est que c'est le terme anglais "roasted" qui signifie, dans le cas du café "torréfié" qui est à l'origine du mot "rôtirent". Après, par quel hasard en est-on arrivé à la troisième personne du pluriel du passé simple, alors que sans contexte, "roasted" peut être traduit par le participe passé (accordé comme on voudra), ou n'importe laquelle des six personnes de l'imparfait ou du passé simple... encore un mystère.
Aujourd'hui, c'est mon grand garçon qui vous livre ses impressions du Japon. Il a commencé par ses meilleurs souvenirs, et terminé par les choses qu'il a trouvées "nulles", ce qui ne veut pas dire qu'il a détesté. En fait, mes enfants ont dû vraiment se creuser la cervelle pour trouver des choses qu'ils n'ont pas du tout aimées ici... Il faut dire que, quand on arrive à l'adolescence, le Japon est le pays rêvé pour acquérir son indépendance. Sécurité quasi absolue, fonctionnement impeccable des infrastructures, je laisse sans souci mon fils partir la journée entière dans le centre-ville avec ses copains, sans me dire qu'il risque de se faire agresser, sans devoir aller le chercher à la sortie du cinéma car il peut rentrer en train sans risques, bref, l'esprit tranquille. Evidemment, il a été beaucoup plus sensible que nous à l'aspect hi-tech, néons etc., mais il y a aussi des aspects traditionnels qui l'ont marqué, comme ce numéro 1 inattendu:
Trop cool!
1. Les 9 bains de la ville de bains de Shibu (un grand souvenir familial avec G et B!)
2. La nourriture en général (j'aime pas ci, j'aime pas ça, c'est quoi?, ce n'est pas du tout mon fils, lui ce serait plutôt: je peux goûter?)
3. Le fait que les trains s'arrêtent toujours pile à l'endroit prévu à quelques millimètres près (coucou! c'est la seule photo que j'avais). C'est vrai, si vous avez une réservation dans la voiture 10, positionnez vous sur la plaque portant le n°10 sur le quai et la porte de la voiture 10 s'ouvrira juste en face de vous.
4. Sakae (centre ville de Nagoya), Akihabara (quartier de l'électronique à Tokyo)
5. Les convenience stores, ouverts 24h sur 24h
6. Le service en général
7. Les cup noodles
8. Le Twilight Express
9. Les Marimo
Trop nul!
1. Les desserts typiquement japonais
2. Leur incapacité à se servir d'un mouchoir
3. Les soi disant pains fourrés aux haricots rouges
4. Le fait qu’ils ne sachent pas parler anglais
5. Les chansons bien connes des supermarchés (je n'ai pas changé le style! Chaque supermarché a sa petite chanson diffusée à tue-tête par les hauts parleurs. Le mieux, ce sont les actions promotionnelles d'une marque ou d'un produit donnés, qui sont des actions ponctuelles cantonnées à un rayon bien particulier. Ainsi, la chanson "sakana" (pour le poisson) est diffusée dans tous les supermarchés du Japon par un vieux lecteur de CD posé dans un coin, que bien sûr personne n'aurait l'idée d'emporter! Les marques les plus à la page ont carrément recours à des mini-lecteurs de DVD portables pour diffuser des petites vidéos dans leur rayon, là aussi sans mesures de protection....)
11 mars 2008
Avant remplacement
Avant le remplacement de la rubrique "Faux français" par la rubrique "Belgicismes", je vous présente cette petite photo que j'ai retrouvée en cherchant fébrilement dans mes stocks de quoi illustrer mes prochains billets. C'est mon mari qui l'a prise à Sapporo, comme quoi le faux français est aussi en vogue dans le grand Nord japonais...
J'aime beaucoup ce passé simple au-dessous de ""Café d'or", un rien surréaliste.
Mon mari n'a pas pu vérifier s'il s'agissait vraiment d'"un culture merverilleuse" car, à cette époque-là, il avait déjà arrêté de boire du café comme il vous l'a expliqué hier. Cela dit, il n'en buvait déjà pratiquement plus quand nous sommes arrivés ici, donc il ne faut pas rejeter toute la faute sur les distributeurs japonais!
10 mars 2008
Je n'ai pas aimé
D'abord, je dois répondre à la question que beaucoup se sont posé, à savoir comment fait le papi, même très sec, pour sortir de son petit camion une fois dans le garage. C'est simple, dans ce genre de garage, il y a généralement une porte qui communique avec la maison. Le papi, fort sec, ne l'oublions pas, a donc juste la place d'entrouvrir sa portière et de se faufiler hors du petit camion, et il rentre chez lui par la porte communiquant avec le garage.
Il y a cependant des aménagements plus acrobatiques. Ainsi, nous avons vu un jour à la télévision une émission dans laquelle des propriétaires de voitures étaient opposés à un pilote professionnel dans une compétition consistant à garer leur véhicule dans leur garage en un minimum de temps. Evidemment, l'équipe de production avait sillonné le Japon pour trouver les emplacements de parking les plus exigus, les plus invraisemblables et les plus biscornus, occupés par des véhicules pas forcément appropriés au garage en question. A chaque fois, on chronométrait le propriétaire en train de garer sa voiture, puis le pilote avec la même voiture, et c'est toujours le propriétaire qui gagnait. Il y avait notamment un papi de plus de 80 ans qui garait son petit camion dans un garage complètement biscornu en 40 secondes, alors que le pilote mettait deux fois plus de temps. Dans cette émission, aussi, on voyait un type garer son 4x4, sans l'accrocher, dans un emplacement qui semblait bien trop petit pour le véhicule... et ressortir par le hayon arrière! Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour avoir un 4x4!
Tout à fait autre chose, maintenant, car je vais inagurer une nouvelle série qui va durer quelques semaines. J'ai mis toute la famille à contribution et j'ai demandé à chacun de ses membres de faire une liste de ce qu'il ou elle a aimé ou détesté au Japon. Je ne vais pas publier ce genre de billet tous les jours car ce serait lassant, mais je commence dès aujourd'hui à vous présenter leurs impressions pour éviter que les prochains billets ne soient qu'une succession de listes, et aussi pour pouvoir répondre à vos éventuelles questions, s'il y a des choses qui vous surprennent. J'ai essayé, dans la mesure du possible, de mettre des photos, mais ce n'est pas toujours facile!
Aujourd'hui, je donne la parole à mon mari, qui ne s'est exprimé jusqu'ici sur ce blog que par le biais des photos. C'est lui qui m'a fourni les listes les plus longues, positives et négatives, sans doute parce qu'ici, lui, il travaille et qu'il est confronté à d'autres situations que nous. Et pour ne pas que vous ayez l'impression que le Japon est un pays idyllique, commençons par ce qu'il n'a pas aimé. Je précise que l'expérience n°1 n'a été vécue qu'une fois mais que ça ne lui a pas plu du tout. Pour les suivantes, c'est plutôt le caractère répétitif qui devient insupportable à la longue!
Ce qu'il n'a vraiment pas aimé:
1/ Manger un calamar cru (ika) voire vivant, surtout les tentacules qui se collent sur la langue, et le natto au petit déjeuner
2/ La niaiserie des ados japonaises (et l’adolescence peut durer longtemps au Japon)
3/ La vue de trop nombreuses villes bétonnées pratiquement toutes identiques
4/ La décoration des planches de bord de certaines voitures (à vomir)
5/ Le "bordel" que peuvent mettre les Japonais à l'intérieur comme à l'extérieur (et au bureau aussi).
6/ Le machisme des Japonais, leur consommation d’alcool et leur xénophobie
7/ Les wedding palaces, fausses églises et catalogues de mariage à Hawaï, ou en Australie avec un koala ou un dauphin dans les bras
8/ La durée des feux rouges et le manque de respect du code de la route des Japonais
9/ L’odeur des bentos le soir dans le shinkansen
10/ Les boissons vitaminées et le café en boîte chaud dans les distributeurs automatiques, depuis j’ai arrêté le café…
11/ La standardisation et l’uniformité poussées à l’extrême, même cartable à travers tout le pays pour tous les enfants, même porte de garage pour toutes les maisons (si elles en ont), même poignée de porte automatique, même…
12/ Je ne supporte plus ni Winnie l’ourson ni Mickey, (surtout sur les plaques d’immatriculation) qui ont infantilisé et exploité des Japonais assez crédules pour trouver ça Kawai de 2 à 102 ans. (Précision valable pour les n° 2, 4, 7 et 12: tout est relatif, pour décrire ce que beaucoup de Japonais(es) trouvent kawaii, mon mari emploie en français un mot constitué de la répétition de la dix-septième lettre de l'alphabet).
13/ La profondeur des piscines (1,2 m)
14/ Les groupes de touristes japonais qui suivent docilement leur guide (qui agite aussi un drapeau) au pas de course et dont je me demande vraiment ce qu’ils gardent comme souvenir de leur voyage en dehors de la bouffe et des photos de groupe
15/ Les barquettes de viande de baleine dans les supermarchés (et la soi disant recherche faite par les Japonais pour massacrer les baleines et remplir leurs immenses congélateurs de viande de baleine (ils ont plus de 2 ans de consommation en stock).
Il y a aussi des choses qui l'ont seulement "énervé", mais ça c'est pour un autre jour!
08 mars 2008
Le petit camion
Le billet d'aujourd'hui sera probablement l'une des dernières "tranches" de Japon que j'aurai à vous offrir. Il vous semblera peut-être étrange car il correspond à une vision très personnelle des choses, notamment dans sa conclusion. Quoiqu'il en soit, il y a des mois que je voulais écrire ce billet et que je collectionne les photos nécessaires pour le faire!
Les voitures ne m'intéressent pas tellement, et je ne suis pas plus impressionnée par les conducteurs de véhicules rouges, aplatis, rapides et de marque italienne que par ceux qui sont au volant de monstres à quatre roues motrices avec pare-buffles et projecteurs, qui ne connaissent généralement pas de terrain plus accidenté que les bordures des trottoirs. Un véhicule est plutôt pour moi un mal nécessaire et il doit avant tout être pratique et polluer le moins possible.
Au Japon, il y a malheureusement un peu trop de véhicules tout-terrain (qui ne sortent pas des routes asphaltées non plus) et les Japonais sont très friands de ces "vans" à l'américaine, taillés au carré, avec des vitres fumées, qui ressemblent plus à une camionnette qu'à un ...comment dit-on déjà, "monovolume"?
Cependant, au Japon, il y a tout de même une catégorie de véhicule qui est très populaire et sur laquelle j'ai complètement craqué : les petits camions. Entendons-nous bien, il s'agit ici d'un tout petit camion, presque d'un jouet. En fait, les constructeurs japonais ont développé toute une gamme de véhicules qu'on appelle "keijidosha", ou véhicules ultra-légers, dont les caractéristiques de taille et de motorisation permettent à leur propriétaire de bénéficier d'avantages intéressants en matière de fiscalité et d'assurance. Ces véhicules, qui ne doivent pas mesurer plus de 3,40 mètres de long, sont reconnaissables à leur plaque d'immatriculation jaune. En outre, leur propriétaire est dispensé de l'obligation de prouver qu'il dispose d'un emplacement de parking (condition nécessaire à tout achat de véhicule non "kei"). Les "kei" sont donc très populaires auprès des jeunes, des femmes qui veulent une petite voiture, des personnes âgées, mais aussi de nombreuses petites entreprises. Dans cette catégorie, on trouve des petites voitures, des petites fourgonnettes, mais le plus beau, le plus mignon, c'est incontestablement le petit camion. Robuste, maniable, pratique, compact, logeable, il se faufile partout et transporte tout. Il a exactement la largeur requise pour circuler sur les routes étroites qui sillonnent les rizières:
Sa taille et sa puissance sont limitées, mais cela n'empêche pas les constructeurs de le proposer en quatre roues motrices, et il fait alors merveille sur les chemins escarpés qui sillonnent les plantations de thé vert de la préfecture de Shizuoka:
Son plateau (jusqu'à 350 kg!) lui permet, selon la saison, de transporter aussi bien la récolte que les machines nécessaires à l'entretien des cultures:
Sa sobriété et sa rusticité conviennent parfaitement au rude climat des montagnes qui hérissent l'archipel nippon:
En fait, dans certaines régions rurales comme la péninsule de Noto, les petits camions représentent pratiquement un quart du parc automobile. Ils occupent un bon tiers du parking des concessionnaires Daihatsu, Suzuki ou Honda! Le petit camion est également le compagnon indispensable des maraîchers:
Pour autant, s'agit-il d'un véhicule essentiellement rural? Absolument pas! Les petits camions pullulent également en ville. C'est, par excellence, le véhicule qui convient au transport des tatamis, car son plateau a juste le format requis:
Il est aussi très prisé par les petits artisans, qui entassent à l'arrière tout ce qui est nécessaire à l'exercice de leur art. C'est le cas par exemple des spécialistes de la taille des arbres.
N'oublions pas que le Japon est un pays sûr, et qu'il n'est pas indispensable de tout mettre sous clé, y compris les outils (et le casque)!
C'est aussi le véhicule idéal pour les chantiers mobiles sur les routes, car c'est en général lui qui est chargé du transport des cônes et autres panneaux de signalisation.
Au volant d'un petit camion, on peut trouver un artisan, un ouvrier de chantier avec une serviette de toilette sur la tête, mais le plus souvent, c'est un petit papi tout sec
qui le pilote d'une main experte et est capable de garer le petit camion (ici en version bâchée) dans les endroits les plus exigus:
Pour moi, le petit camion est à lui tout seul un concentré de Japon. Il symbolise l'ingéniosité des Japonais lorsqu'il s'agit de s'adapter à l'environnement, au terrain difficile, au manque de place. Chargé de ballots de thé vert à Shizuoka, de coquilles d'huîtres dans la baie d'Ago, de cageots de pommes à Nagano, il représente toutes les productions agricoles de l'archipel. Transportant des cônes et des panneaux de chantier, il incarne l'obsession nationale de la réglementation et de la sécurité. Et le petit oji-san au volant nous rappelle que la population japonaise vieillit inexorablement.... Voilà pourquoi je ne pouvais pas quitter le Japon sans rendre hommage au petit camion!
07 mars 2008
En fait, c'était...
Eh bien, si certaines se sont un peu approchées, personne n'a vraiment trouvé la réponse. Pourtant, après avoir mis ce billet en ligne, je me suis dit que c'était vraiment trop évident et que vous alliez sans doute deviner rapidement, mais c'est parce que moi, j'ai aussi vu ce qui était présenté à côté des gobelets... Je vous entends déjà vous écrier "Evidemment!".
Mais d'abord, je voulais vous raconter une ou deux petites choses à propos de la poterie japonaise. La poterie est un art à part entière au Japon. Le pays a, dans le domaine de la poterie, une tradition qui remonte au moins au XIe siècle avant Jésus-Christ. Oui, vous avez bien lu, on a retrouvé récemment dans la région de Nagasaki des fragments de poterie qu'on a pu dater de 12 700 avant Jésus-Christ environ... Depuis cette époque, qu'on appelle la période Jomon, les Japonais n'ont cessé de raffiner leurs techniques et de les diversifier et la céramique japonaise est une des plus riches et des plus variées au monde. Un peu comme la cusine, la poterie japonaise a une histoire fascinante, marquée par les événements qui ont façonné le pays. Techniques de cuisson, composition de l'argile, style du potier, tout concourt à la production d'objets uniques et toujours différents.
Les spécialistes s'accordent à considérer qu'il existe six grandes régions de production au Japon, et par chance deux d'entre elles, Seto et Tokoname, se trouvent dans la préfecture d'Aïchi. Seto touche en fait Nagoya à l'est, et Tokoname se trouve à 35 minutes en voiture, en allant vers le sud. Seto compte encore pas mal de fabriques et possède de beaux magasins de céramique, mais la ville est assez insignifiante et les centres d'intérêt sont un peu éparpillés. Tokoname, en revanche, a su conserver un quartier artisanal plutôt séduisant, et la ville a aménagé un "chemin de la poterie" qui représente un agréable parcours entre les vieux fours, les galeries et les ateliers toujours en fonctionnement.
Ici, je dois préciser qu'un potier, au Japon, ce n'est pas un type baba cool qui élève des chèvres et vend des assiettes à la foire artisanale du coin. Un potier japonais, c'est un maître. Il est reconnu par la très officielle Association pour la promotion de l'artisanat traditionnel japonais, qui organise tous les ans des concours pour les 198 métiers d'art reconnus dans l'archipel. Les activités de l'association ne sont donc absolument pas limitées à la poterie. L'association fixe en fait cinq critères pour reconnaître une forme d'artisanat d'art: il doit s'agir d'un artisanat régional, qui utilise principalement des matériaux traditionnels pour fabriquer à la main, et selon des procédés traditionnels, des objets utilitaires. L'association décerne le titre de maître aux artisans les plus confirmés, qu'ils pratiquent la poterie, la marqueterie, le tissage ou tout autre métier d'art. Les plus prestigieux sont parés du titre de "trésor national vivant". L'association octroie des aides financières, attribue des labels aux produits et organise des expositions.
Logo de l'association pour la promotion de l'artisanat traditionnel japonais
Elle procède aussi à des inspections pour s'assurer que ses membres respectent bien les règles édictées. Cela contribue au maintien d'une tradition artisanale vivace et de grande qualité au Japon. Les maîtres jouissent d'un immense respect. Au début de notre séjour ici, nous avons vu, à Tokyo, une exposition de céramiques dans la partie "galerie d'art" d'un grand magasin. Nous n'étions pas encore familiarisés avec la poterie japonaise et nous avons été sidérés de voir que le vase "pas mal" se vendait un million de yens (6500 euros) et que des amateurs éclairés déboursaient près de 1000 euros pour un bol de cérémonie du thé qui nous paraissait fait par un débutant ne maîtrisant pas encore bien son tour... A la fin du circuit, le maître, que je qualifierais volontiers de hiératique, pantalon et blouse de soie anthracite à col mao, cheveux blancs relevés en catogan, calligraphiait au pinceau son autographe sur le catalogue imprimé sur papier washi, que lui tendaient des connaisseurs éperdus de respect et d'admiration... Bon, tous les potiers ne sont pas comme ça, souvent même, les maîtres et les trésors nationaux vivants sont de petits papis qui n'ont l'air de rien...
Mais revenons à Tokoname, car c'est là qu'a été prise ma photo mystère. Tokoname est au sud de Nagoya, dans la péninsule de Chita, tout près de la mer. Ca ne vous dit rien? Par le passé, Tokoname a connu la prospérité grâce à un commerce de la poterie florissant, facilité par la proximité d'un port par lequel était exportée la production. En France, du moins d'après ce que j'ai vu sur l'internet, Tokoname est surtout connue par les amateurs de bonzaïs car les pots à bonzaïs produits dans la région semblent être considérés comme une référence en la matière. Au Japon, et chez les spécialistes de la céramique japonaise, Tokoname est connue pour le "shudei", les objets en terre rouge, qu'il s'agisse de grosses jarres ou de petites théières kyusu.
Ces petites théières pour le thé vert, beaucoup plus courantes au Japon que les théières japonaises en fonte vendues en France (que pratiquement personne n'utilise ici!) sont pourvues d'un filtre placé à l'intérieur, à l'entrée du bec, et non d'un panier filtrant qui s'adapte sous le couvercle comme chez nous. Les kyusu ordinaires ont un filtre métallique, mais dans les plus belles kyusu de Tokoname, ce filtre très fin est en céramique, comme le reste de la théière.
Pour le décor, il existe une technique typique de Tokoname, qu'on appelle le mogake. Nous y voilà enfin! Je vous ai dit que Tokoname était située sur la côte, eh bien la technique du mogake consiste à appliquer des algues sur l'objet à cuire avant son passage au four. Lors de la cuisson, une réaction d'oxydation se produit entre le sel des algues et l'argile et les pigments se déposent à la surface de l'objet, en reproduisant le dessin de l'algue. Quand on voit cette photo, cela semble évident!
Ici, on voit mieux comment les algues sont placées, de façon très artisanale, sur le pot qui va passer au four.
Si cela vous intéresse, vous pouvez aussi consulter cette page web en anglais, qui présente un des maîtres de Tokoname et contient quelques photos d'objets en mogake.
Si vous venez au Japon (ou si vous y êtes déjà), je vous engage vivement à visiter Tokoname, ou du moins à essayer de faire plus ample connaissance avec la poterie japonaise...




















































































