Aujourd'hui, une surprise, pour moi comme pour vous, mais d'abord quelques explications à propos de la liste d'hier.

Pour Nounychette: Les marimo sont des algues d'une espèce rare, qui s'agglutinent et prennent une forme parfaitement sphérique. On en trouve dans le lac Myvatn en Islande, où la colonie semble malheureusement dépérir, et dans le lac Akan à Hokkaïdo, où la colonie est en bien meilleur état de conservation. Au milieu du lac Akan, il y a une petite île sur laquelle a été aménagé un centre d'observation des marimo dans des aquariums qui communiquent avec le lac. C'est là que nous avons pris la photo. Autour du lac, on peut bien évidemment acheter son mini marimo dans un petit bocal, mais aussi les marimo en peluche, en porte-clés, en babiole à accrocher au téléphone, et toute la collection Kitty chan avec son marimo dans les bras, cela va sans dire.

Pour Traductix: Le Twilight Express est un train "de luxe" de JR qui relie Osaka à Sapporo l'été. C'est un genre de réplique de l'Orient Express, en moins luxueux et un peu plus japonais, il n'y a cependant pas de compartiment tatamis. Il ne circule que quatre mois par ans et pas tous les jours et est évidemment pris d'assaut. Il va beaucoup moins vite que le Shinkansen car il n'a pas son aérodynamisme, et il met donc une vingtaine d'heures pour faire Osaka Sapporo. Comme il longe toute la côte de la mer du Japon, on peut, si le temps le permet, assister au coucher du soleil sur la mer. Pour les plaques au sol sur les quais, ça ne change que dans les gares où passe le "Hikari Rail star", notamment à Hiroshima. Pour les trois autres variétés de Shinkansen, il n'y a pas de différence pour l'emplacement des voitures.

Venons-en à la surprise, qui m'a été faite avant-hier par mon mari. Il était à Tokyo pour son travail, et il est allé visiter le fameux marché aux poissons de Tsukiji (vous allez voir que ça n'entre absolument pas en conflit avec les horaires de bureau) dont il m'a ramené plein de photos... et un article pour mon blog, qu'il a rédigé dans le train au retour! C'est pas gentil, ça? Hier soir, choix et compression des photos, relecture, montage, et ... voilà:

Enfin, j’ai pu visiter le marché aux poissons de Tsukiji, c’était ma dernière sortie à Tokyo, et il était temps car je voulais absolument le voir avant de partir.

Pour aller à Tsukiji, vous devez être assez matinal car il faut être sur place à 5h00. Etant d’un naturel lève-tôt, j’étais déjà arrivé à 4h30, il faut dire que le taxi n’a mis que 15 mn depuis Shibuya. A cette heure-là, la circulation est plutôt fluide, les boulevards tokyoïtes ne sont remplis que de taxis pour les couche-tard ou les lève-tôt et de camions de livraison.

Arrivé sur place, je commence par traverser les quais de déchargement où des centaines de camions dégorgent des montagnes de caisses en polystyrène qui sont tout de suite livrées à leurs destinataires.

quai_dechargement

On se croirait dans une fourmilière (aucun rapport avec une fâcheuse comparaison il y a quelques années entre les Japonais et les fourmis). Ca grouille de tous les côtés, il y circule un drôle de transporteur qui aurait plu à Dary Cowl, même dans Star Wars ils n’en ont pas d'aussi kawaii, normal on est au Japon. Cet engin surprenant se compose d'un simple plateau avec, à l'avant, un cylindre qui renferme le moteur, surmonté d'un volant qui sert aussi de frein. Debout sur le plateau, le chauffeur dirige cet engin très maniable qui permet aux livreurs de traverser à toute vitesse les allées encombrées de boîtes en polystyrène.

transporteur_2 

Je commence par traverser les premières échoppes de poissonniers, je n’ai pas compté, mais c’est un multiple de 100 au minimum.

echopppes

C’est un dédale d’étalages, de tables de découpe, de petites huttes pour la caisse (avec des milliards de bouts de papier agrafés partout), des poubelles d’abats, des poulpes de toutes les dimensions, des moules géantes (25 cm minimum) de superbes coquillages et des concombres de mer pas toujours appétissants, des piles de bacs remplis d’eau et de poissons bien sûr, des plateaux d’huîtres, à la japonaise, c'est-à-dire toutes sorties de leurs coquilles et posées en tas, des containers de glace.

coquillage       tako

Le tout est parcouru d’un réseau de tuyauteries digne d’une centrale nucléaire ukrainienne, l'eau ruisselle de tous côtés, je pense que les scénaristes de "Blade Runner" ont dû visiter cet endroit avant d’écrire leur script.

tuyaux_2

Puis j’arrive enfin au bâtiment de la criée au thon. Des centaines de thons congelés sont alignés sur le sol, il leur manque la tête et la queue, une entaille est faite sur le dessus à l’extrémité, les acheteurs y viennent regarder et palper la qualité de la viande. Cet endroit est réservé aux professionnels et donc interdit au public, à l'exception d'un petit corridor qui traverse le bâtiment et qui est réservé aux touristes qui s’agglutinent tous là pour contempler le spectacle.

thon_congeles

   

thon_congeles_2

Tous les acteurs sont là, avec leur bottes, leur pic à glace, le nom de leur société cousu dans le dos de leur blouson, et ils font tous les mêmes gestes.

Il y a ceux qui tirent les thons pour les aligner.
Il y a ceux qui ont un petit seau de peinture rouge et qui marquent à l’aide d’un pinceau les poissons (soit des numéros, soit des kanji.)
Et il y a ceux qui inspectent l’entaille faite à l’extrémité du thon, qui examinent la chair et qui, à l’aide d’un pic à glace, en extraient un petit morceau au niveau de la queue puis, après l’avoir malaxé entre les doigts, le goûtent et souvent le recrachent par terre, ce sont les acheteurs je présume. En fait, pour les initiés, cette entaille, pratiquée à cet endroit précis, donne une idée très exacte de la structure de la chair à l'intérieur du poisson.

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A ce moment-là, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au livre d'Emmanuel Arnaud "Les trilingues" (je vous en recommande la lecture) et à son narrateur qui appelle les lycéennes japonaises de son école "les thons". En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu autant de thons.

Les thons "frais" sont dans un autre bâtiment, pas d’accès non plus, juste une vue depuis la porte coulissante. Ceux-là ont encore la tête, mais on leur a coupé la queue qui est ensuite placée dans les ouïes, ils sont bien sûr beaucoup plus beaux, noirs et luisants tels du granit. L'étiquette indique la provenance: les thons frais sont pêchés au large du Japon, alors que les thons congelés viennent du monde entier.

thon_frais

Puis une personne monte sur une caisse, un coup de cloche et les enchères commencent, je présume, car je ne comprends rien et je vois juste tous ces gens se faire plein de mimiques en levant les bras pendant que d’autres remplissent des petits bouts de papier.

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Quand la vente se termine, les livreurs viennent prendre possession de la marchandise et embarquent celle-ci sur leurs charrettes à bras, pour la livraison.

livraisonthon

Les immenses scies commencent alors à ronronner dans les échoppes et les découpes commencent (et oui, comme ils sont durs comme de la pierre, congelés, la seule façon de les découper, c’est à la scie).

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Par contre, les thons frais ont droit à la découpe manuelle avec les couteaux ad hoc. J’observe un spécialiste qui affûte la lame de son couteau (la lame doit faire au minimum 1,70 m) avec j’imagine la même ferveur qu’aurait eu un samouraï affûtant son sabre avant le combat. Puis la découpe commence, impressionnante, à deux et en quelques minutes il ne reste que l’arête, et comme sur le thon rien ne se perd, même l'arête sera raclée pour en récupérer la chair.

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Au hasard de mes déambulations entre les étalages, j’aperçois un poisson qui a réussi à s’échapper de sa bassine prison, il gesticule sur le sol au pied des roues des engins de transport, mais malheureusement pour lui il est vite rattrapé par son propriétaire, belle tentative, mais la mort certaine était sa seule destinée.

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A l'extérieur, une armée de camions est prête pour les livraisons pour aller nourrir cette mégalopole qui se réveille doucement, où chacun va bientôt aller déjeuner ou dîner de ces sushi ou sashimi frais du jour, et demain vous faites quoi ? Eux, ils recommencent.

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Pour moi, il est 6h30, heure d'aller petit-déjeuner et au menu :  sashimi, un régal. Puis retour à l'hotel, douche, il est 7h30 l'heure d'aller au bureau.