Ce petit voyage à Kyushu nous a une nouvelle fois donné l'occasion de faire l'expérience de cette conception du voyage toute particulière qu'ont les Japonais.

Ici, en effet, inutile de compter sur les pannes de motrices, arrêts en pleine voie, mouvements d'arrêt de travail d'une catégorie du personnel, grèves et autres retards inexpliqués pour pimenter votre voyage. Un retard ou une annulation de vol ou de train à grande vitesse ne peuvent être dus qu'à un typhon, à un tremblement de terre ou, à l'extrême rigueur, à d'importantes chutes de neige. Ce week-end, d'ailleurs, il y a eu quelques perturbations liées à la neige, mais ça n'arrive qu'une ou deux fois par an et il est rare que tout le pays soit touché.

Il faut donc trouver autre chose pour divertir les passagers. Nous, par exemple, nous sommes partis de Centrair, qui est le nouvel aéroport de Nagoya. Centrair, inauguré en février 2005 à l'occasion de l'exposition universelle, est moderne, clair et lumineux. Il offre aux voyageurs tout ce qui est nécessaire pour voyager dans de bonnes conditions: des boutiques de souvenirs, des restaurants et des bains. Son ouverture, il y a trois ans, a attiré les foules. Les visiteurs sont accourus de toute la préfecture d'Aichi et même des préfectures avoisinantes. C'est le côté un peu désuet du Japon, on va en famille voir les avions, comme dans "Le dimanche à Orly", comme chez nous il y a trente ans... Il y a trois ans, on pouvait voir au journal télévisé régional des files interminables devant les restaurants de l'aéroport, car les gens ne rechignaient pas à attendre deux heures pour manger un bol de ramen parfaitement ordinaire et rigoureusement identique à celui qu'ils auraient pu manger en bas de chez eux. Le comble, c'est que pendant cette semaine inaugurale de folie, l'énorme majorité des clients étaient des curieux et non pas des voyageurs, ces derniers se voyant obligés de renoncer à se restaurer avant le départ sous peine de manquer leur avion. Ce qui a très bien marché aussi à l'ouverture de Centrair, c'est la mascotte de l'aéroport. En peluche, en plastique, à suspendre à son téléphone, en tapis de souris, elle a remporté un tel succès qu'en deux jours les boutiques de souvenirs étaient en rupture de stock. Eh oui, car l'avantage à Centrair, c'est que tout le monde est kawaii, voyez plutôt:

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Ce sont tous nos Centrair Friends! Il y a Jet-kun, Hikoki-kun, (les avions), Kumo-kun et Kurokumo-kun (les nuages), Inu-kun et Neko-chan (le chien et le chat) (kun et chan sont de petits suffixes affectueux utilisés pour les enfants ou les petits animaux mignons)... je ne vais pas tous vous les citer, la mascotte est en bas, c'est la créature rouge avec le chapeau. Alors, mon mari vous dira: "Ils prennent vraiment les gens pour des ... hum... demeurés", mais moi qui maîtrise désormais parfaitement le deuxième degré et qui vais bientôt passer au troisième, je trouve ça cute et kawaii.

A notre arrivée à Oita, il n'y avait pas de mascotte, enfin, je ne suis pas sûre d'avoir bien regardé, mais s'ils ne donnaient pas dans le kawaii, en revanche ils avaient le sens de l'humour, ce qui est plus rare ici. En effet, au milieu des valises, sur le convoyeur à bagages, on pouvait voir tourner ceci:

oita

C'est une énorme assiette qui porte l'inscription "Welcome to Oita Airport", garnie de deux magnifiques sushi aux oeufs d'oursin en plastique. Elle a la taille d'un gros bagage et passe sans cesse sur le convoyeur, un peu comme quand on va dans un kaitenzushi... Quand on ne peut pas être kawaii, il faut savoir être original!