Depuis quelques semaines, dans les espaces consacrés à "l'animation saisonnière" des supermarchés et des grands magasins, ont été installés de grands présentoirs chargés de beaux coffrets exposés ouverts afin que les clients puissent faire leur choix. Ces rayons occupent pas mal de place, et sur le côté se trouve un petit comptoir où les employés attendent au garde-à-vous, devant une pile de fiches et de formulaires. Les clients pressés peuvent aussi emporter le catalogue, comme je l'ai fait.

Il s'agit du rayon d'"oseibo", qui signifie cadeaux de fin d'année, mais cela n'a rien à voir avec nos cadeaux de Noël. Il y a deux périodes de l'année au Japon où on offre ce type de cadeaux, à la fin de l'année (c'est la signification du terme "oseibo", ainsi qu'en milieu d'année, vers la fin juin. Autrefois, ces cadeaux étaient offerts aux parents, pour les remercier de leurs soins, et aux supérieurs, pour leur marquer sa déférence. L'usage persiste, notamment dans la génération des gens de cinquante ans et plus, qui ne manquent pas d'envoyer un "oseibo" à leur patron. Aujourd'hui, on en envoie aussi à des amis, ou à des professeurs qui donnent des cours particuliers aux enfants, par exemple. Cependant, il semble que les jeunes générations boudent un peu cette tradition.

Dans le passé, les cadeaux envoyés pour oseibo étaient souvent de la nourriture, car le Japon était tout de même un pays rural où les paysans envoyaient le produit de leur travail au propriétaire de leurs terres. Cette coutume a également perduré, car les coffrets d'oseibo sont majoritairement remplis de nourriture.

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Non, M. Sakamoto ne vous a pas envoyé un vulgaire paquet de nouilles, mais un beau coffret contenant un assortiment de soba ou de udon. L'amie japonaise qui m'a donné la plupart des informations pour cet article a été très claire: ce sont des aliments vraiment courants que l'on envoie pour oseibo, de ceux que l'on trouve dans toutes les cuisines japonaises, comme le soja et le miso, ici en coffret cadeau:

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Le nori, me dit-elle, a aussi les faveurs des acheteurs, on en trouve de multiples coffrets, dans de belles boîtes métalliques par exemple.

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Bien évidemment, le magasin où l'on commande ses oseibo se charge de l'emballage et de la livraison au destinataire. C'est à ça que servent les employés au garde-à-vous. Avec le progrès, et l'avènement des transports frigorifiques, on peut aussi envoyer des produits frais pour oseibo, tels que du poisson:

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ou des fruits et des légumes. Tout de même, je me demande quelle tête je ferais si je recevais ce cageot de pommes de terre et d'oignons, fussent-ils issus de l'agriculture biologique, comme l'indique le catalogue...

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Pour faire descendre tout ça, un petit jus de fruit? En voici quelques coffrets, mais on peut aussi envoyer du café, du thé et bien sûr, de la bière et du sake.

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Articles d'usage courant, donc. Effectivement, un présentoir entier est consacré ... aux produits d'entretien:

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Finalement, entre les pommes de terre et le coffret lessive et assouplissant, je ne sais pas ce que je préférerais.

Attention, toutefois. On peut se réjouir de l'aubaine en se disant qu'il va être inutile de faire les courses pendant plusieurs jours. Or, les cadeaux d'oseibo, comme tous les cadeaux au Japon, appellent un cadeau en retour! C'est-à-dire qu'on est obligé de renvoyer un cadeau aux gens qui vous ont honoré. Certaines personnes se livrent à de savantes estimations concernant les cadeaux qu'elles sont susceptibles de recevoir pour pouvoir commander à l'avance les cadeaux qu'elles feront en retour... En effet, il est préférable que les cadeaux d'oseibo soient envoyés avant le 20 décembre. D'après mon amie, c'est cette réciprocité obligatoire qui explique la réticence des jeunes générations, vis-à-vis de leur supérieur au bureau, par exemple, à leurs débuts dans l'entreprise, ils préfèrent ne pas lancer le processus, car ensuite, c'est une spirale sans fin...