A propos de ma page "Ise", Valérie me demandait à quoi servait ce tampon et craignait que la réponse ne soit "à tamponner". C'est exact, on trouve au Japon comme en Europe ou aux États-Unis des tampons pour les loisirs créatifs, qu'on peut utiliser pour décorer des cartes, des albums (photo ou non) ou des tissus. C'est à l'époque de la préparation des cartes de Nouvel An qu'on trouve le plus de tampons ici, mais comme je l'ai expliqué dans mon article "Meilleurs voeux", ils sont quasiment tous liés à l'animal de l'année. Autrement, les rayons comportent environ 60% de très petits tampons avec des tout petits motifs et des personnages type Pikachu, que les adolescentes utilisent dans leurs albums, journaux secrets et autres, 20% de motifs floraux et inscriptions style "Thank you" et "Happy Wedding" (en anglais pour la plupart...) et les 20% restants, qui sont ceux qui m'intéressent, sont des tampons représentant des motifs traditionnels japonais, soit des motifs très géométriques et répétitifs, soit des objets comme les éventails, comme sur la page Ema.

Cependant, les Japonais utilisent énormément les tampons et la grande majorité d'entre eux ne sont pas décoratifs. En fait, tous les Japonais ont leur sceau, qu'on appelle "hanko". Ce sceau se présente comme un petit tampon cylindrique qui se glisse dans un étui (n'allez pas vous imaginer que tout le monde se promène avec une bague et de la cire à cacheter...) et est utilisé pour signer les documents. Le sceau comporte en général les caractères qui forment le nom de la personne, le tout dans un petit cercle qui ne doit même pas faire un centimètre de diamètre. Quand on doit signer un document, on sort son sceau et hop, un coup de tampon. Voici l'étui fermé:

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Et l'étui ouvert, avec le sceau cylindrique et le tout petit encreur rouge:

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La tête du sceau ressemble à ça:

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Les Japonais utilisent leur sceau comme nous signons. Au moins, on ne risque pas d'invalider leur signature parce qu'elle n'est pas identique d'un document à l'autre. Oui, mais... Ce que je ne m'explique pas, c'est qu'il y a au Japon des tas de gens qui portent le même nom! Il y a eu très peu d'influences étrangères dans l'archipel, donc on ne trouve pas couramment, comme en France, des noms venant des pays voisins. On ne peut vraiment pas parler de diversité patronymique, d'autant moins que la grande majorité des noms de famille sont des composés de noms de lieux et d'indications géographiques: yama (la montagne), kawa (la rivière) ta/da (la rizière) mori (la forêt), mura (le village), shima (l'île) et o (grand), naka (du milieu), ue (en haut), etc. Les combinaisons possibles sont multiples, mais certainement pas illimitées. De ce fait, il y a des dizaines de milliers de Yamada et de Nakamura au Japon.

Revenons à nos sceaux. On peut se faire faire sur commande un sceau de grande qualité, et ce même si on n'a pas un nom japonais d'ailleurs. Un étranger peut se faire faire son sceau en katakana et l'utiliser valablement. Les sceaux fait sur mesure sont théoriquement tous "uniques" et ce même pour des gens dont les noms s'écrivent avec les mêmes kanji. Des dizaines de milliers de Yamada tous différents?

Mais ce que je trouve renversant, c'est que tous les grands magasins en vendent des "tout prêts" avec les noms les plus courants. En effet, ils sont sûrs qu'ils vendront Suzuki, Morita, ou Kitamura sans difficulté. Quoi de plus simple donc, que d'acheter un sceau au nom de quelqu'un d'autre pour s'en servir à des fins discutables? C'est bien plus facile que d'imiter une signature. Apparemment, ça ne pose pas de problèmes, parce que ces sceaux fabriqués en grande série servent plutôt à parapher des documents. Pour les documents très importants, il faut utiliser un sceau qu'on aura au préalable fait enregistrer, et si j'ai bien compris, il faut présenter le document qui prouve l'enregistrement. Le système a l'air de fonctionner sans heurts notables.

Néanmoins, il faut faire très attention à ne pas perdre ou se faire voler son sceau parce qu'il sera alors très difficile à la victime de prouver que ce n'est pas elle qui l'a apposé. De même, en cas de mésentente entre conjoints, et notamment si l'un des conjoints est étranger, le sceau doit faire l'objet de la plus grande vigilance. Un site web de conseil juridique aux étrangers met les époux ou épouses non japonais expressément en garde, si ça tourne au vinaigre, ne quittez pas votre sceau des yeux, car si votre conjoint s'en empare, il ou elle peut vider le compte en banque, vendre la maison et faire adopter les enfants par un autre membre de la famille!