Au Japon, septembre et octobre sont considérés comme des mois propices à l'observation de la lune. A cette époque en effet, la température a commencé à baisser un peu, l'humidité est moindre et le ciel est plus clair. Les Japonais ont importé de Chine la coutume de la fête de la lune et l'ont un peu adaptée... Ainsi, la tradition de "Tsukimi", en japonais "regarder la lune", est observée la quinzième nuit du huitième mois (en japonais "juugoya") et la treizième nuit du neuvième mois de l'ancien calendrier lunaire, soit le 25 septembre et le 23 octobre cette année, qui sont des nuits de pleine lune. Certains pensent que la lune d'octobre est plus belle que celle de septermbre... En Chine, en revanche, cette fête a lieu uniquement le 25 septembre.

Naoko Mc Queen, professeur de japonais à l'école internationale de Nagoya, a réalisé pour cette fête une superbe présentation pour faire connaître à tous cette tradition:

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O tsukimi est une célébration très paisible au Japon, alors qu'il s'agit je crois d'une fête plus colorée en Chine. Les familles japonaises qui respectent cette tradition dressent dans leur maison un petit autel comme celui-ci:

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Traditionnellement, pour le tsukimi, on dispose sur un petit autel des offrandes composées de choses rondes, en hommage à la lune. Les plus courantes sont des boules de pâte de riz qu'on appelle "tsukidango", mais on peut aussi mettre des fruits de saison tels que les raisins ou les kakis.

Pour compléter le décor, on place dans des vases de "susuki" (il s'agit de Miscanthus sinensis, c'est de la famille de ce qu'on appelle chez nous l'herbe de la pampa) car ils sont censés attirer les dieux. A o-tsukimi, on se contente d'admirer la lune et de remercier la nature de nous offrir ce spectacle.

Et puis, étroitement associée à la lune au Japon, il y a l'histoire du lapin. Tous les peuples ont toujours été attirés par les lunes, chacun voyant dans ce qui est visible de la lune quelque chose de particulier. Apparemment, beaucoup de contes africains y placent un crapaud ou une grenouille. Pour les Japonais, c'est un lapin, et pas n'importe quel lapin, un lapin qui pile au mortier du riz cuit pour en faire les fameux gâteaux de riz...ceux de o-tsukimi:

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Cette tradition d'observation de la lune est attestée depuis l'époque Heian (794 à 1185) au Japon. C'était alors un divertissement très prisé parmi les nobles de la cour impériale qui, pour l'occasion, se livraient à des joutes poétiques et musicales en l'honneur de l'astre de la nuit.

A partir de l'époque Edo, soit après 1603, le Japon a été unifié et pacifié. Les seigneurs avaient désormais tout loisir de s'adonner à des occupations plus pacifiques que l'étripage en série de leurs rivaux, et eux aussi se sont mis à admirer la lune. Si l'on regarde, par exemple, le château de Matsumoto, le plus ancien château féodal du Japon, construit au XVI e siècle, on peut remarquer de l'extérieur qu'une pièce a été rajoutée. On la voit sur cette photo, c'est celle qui a le balcon rouge.

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C'est la pièce d'observation de la lune, qui a été construite en 1630. A cette époque, le château était devenu une résidence de seigneur plutôt qu'un édifice militaire, et le propriétaire des lieux se devait d'avoir sa salle de "tsukimi". Voici d'ailleurs un détail de son balcon, de style chinois très en vogue à l'époque:

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Encore une dernière vue du château de Matsumoto derrière un rideau de susuki....

eulalia

Si vous voyez la pleine lune ce mois-ci, pensez à lui faire une petite offrande...