21 mars 2007
Emballer, tout un art
Quand on va au Japon et qu'on cherche des souvenirs à rapporter, on est tout content de se retrouver, au détour d'un rayon de grand magasin, devant un étalage de tissus imprimés de motifs traditionnels japonais, peut-être des foulards, ou des sets de table, ou des chemins de table, qui vont faire un cadeau idéal pour Tante Mauricette ou Belle-maman. Alors, on en déplie un premier, il est très joli, mais il est carré, pas très pratique pour un set de table, un peu petit pour un dessus de guéridon. On en déplie un autre, carré aussi, mais plus grand. Ce n'est pas encore ça, les rectangulaires, c'est peut-être en dessous? Vous pouvez déplier tout le rayon, ils seront tous carrés, car ce ne sont ni des foulards, ni des sets de table, mais des furoshiki. Qu'est-ce que c'est? C'est un carré de tissu, de dimensions variables (entre 50 cm et 2 m de côté), dont on se sert au Japon pour envelopper et transporter des choses.
Je vous préviens tout de suite, je vais vous parler du furoshiki pendant deux jours... il y a beaucoup de choses à dire, et j'ai peur de vous lasser avec mes articles à rallonge. Mais il y aura des photos et une page, parce que le furoshiki, c'est la lettre F de mon album.
Depuis l'époque Edo (1603-1868), les Japonais utilisent un furoshiki pour emballer tout et n'importe quoi. C'est un peu l'équivalent nippon de notre grand mouchoir noué aux quatre coins. Il existe six techniques de base pour emballer quelque chose dans un furoshiki, tout dépend de ce qu'on emballe. Évidemment, ces techniques datent de l'époque où l'usage du furoshiki s'est popularisé, ce qui explique par exemple qu'il existe une technique spéciale pour emballer...une pastèque! A partir de ces six techniques de base, on a développé plusieurs variantes qui permettent de réaliser un emballage plus raffiné, plus résistant, ou contenant davantage.
Beaucoup de Japonais se servent encore aujourd'hui d'un furoshiki, surtout pour emballer la "bento", boîte dans laquelle on emporte son repas (la boîte à tartines, pour les Belges d'entre vous, comme disait le regretté Manu Thoreau - désolée, cette parenthèse n'est intelligible que pour les Belges de souche et d'adoption). Dans les supermarchés, au moment de Saint-Valentin et du White Day (le 14 mars, réciproque de la Saint-Valentin), on trouve même des boîtes de chocolats emballées dans des tissus qui, techniquement, ne sont pas des furoshiki, mais qui imitent bien le style d'emballage traditionnel.
L'inconvénient, avec cette folie de l'emballage, c'est que, de nos jours, les Japonais n'emballent plus tout dans de jolis tissus, loin s'en faut, depuis qu'ils ont découvert...le plastique. Pas une boîte de biscuits où les biscuits ne soient pas emballés individuellement dans des sachets de plastique, lesquels sont placés dans les alvéoles d'un plateau de plastique, le tout bien emballé dans un film plastique. Barquettes plastique, barquettes en polystyrène, sacs en plastique encombrent les caddies. Les boulangeries ne connaissent pas les sacs en papier et vous emballent consciencieusement chaque croissant, chaque pain au chocolat, dans un sachet en plastique (oui, si vous en achetez quatre, ça fait quatre sachets) pour les mettre ensuite dans un plus grand sac en plastique, avec le pain, lui aussi emballé dans son sac plastique! (Bon, pour les Belges, je ne vais pas tout faire bilingue, vous aurez rectifié, frigolite et couque au chocolat).
Et pourtant, on fait des choses ravissantes avec un furoshiki, mais je vous raconterai ça demain!





