Au Japon, le français, c'est très chic. Peu de Japonais parlent une langue étrangère, et quand ils se débrouillent à peu près dans une autre langue, c'est l'anglais. On trouve pas mal d'inscriptions en anglais sur les publications ou dans les magasins, ça fait moderne, mais le reste ne suit pas. Pratiquement toutes les librairies affichent sur leur devanture "BOOKS AND MAGAZINES", alors qu'elles ne vendent que des titres japonais. Et je ne compte pas les "Tourist guide", "City maps" et autres qui, en dehors de ces deux mots sur leur couverture, ne contiennent pas un mot de la langue de Shakespeare. Un autre jour, je vous parlerai du traitement qu'on réserve à cette langue ici...

Finalement, l'anglais, ça fait très commun, mais le français, alors là, c'est autre chose, c'est le fin du fin. Les inscriptions en français sont réservées aux choses raffinées, délicates, au luxe..., enfin du moins quand telle est l'image qu'on veut donner de son produit. Il y a aussi des choses très bon marché qui arborent des inscriptions sans queue ni tête dans notre langue, si ça peut faire vendre... Pour tout ce qui est produits de beauté, esthétique, coiffure et pâtisserie française par exemple, les sociétés japonaises veillent bien à donner à leur produit un nom et si possible un slogan français. Enfin, quand je dis français, c'est en général très exagéré. Dictionnaires, logiciels de traduction automatique, je ne sais pas ce qui est utilisé, mais en général il en résulte un charabia incompréhensible composé de mots français. Ils aiment bien faire appel à des notions qui nous sembleraient incongrues dans certains contextes, joie, harmonie, bonheur, paix du coeur, etc. Ce n'est pas très grave pour les Japonais, puisque de toute façon l'immense majorité n'est pas en mesure de comprendre ni de juger, l'important, c'est que ça ait l'air français. Pour ce faire, on n'hésite pas à rajouter des accents même là où il n'en faut pas, c'est tellement français, les accents.. Ce qui m'étonne toujours, c'est qu'au départ il a quand même l'air d'y avoir eu une volonté de transmettre un message, puisque les mots qu'on lit ont un rapport certain avec le produit vendu, ce n'est donc pas fait totalement au hasard. Mais évidemment, ça coûte bien moins cher d'envoyer une phrase à n'importe quel service de traduction en ligne gratuit que d'avoir recours à un traducteur professionnel. Les résultats, évidemment, sont à l'avenant.
J'ai constitué une petite collection d'objets, étiquettes ou inscriptions que je me réjouis de vous montrer, et pour commencer, celle-ci

dessert011

C'est l'étiquette d'une boîte qui contenait un gâteau au fromage blanc (pas mauvais, du reste). Le texte, au cas où on ne le lirait pas bien sur l'image, est le suivant (j'essaie de respecter toutes les fautes):

"Deseert de la prime

Je presente a un ventilateur du dessert. A,vous qui veulent aimer le temps d'une de relaxation en aimant"

Alors, après avoir pas mal réfléchi, j'en suis arrivée à la conclusion qu'il devait y avoir un texte japonais à l'origine, qu'on a introduit dans une machine à traduire, genre Systran, ou moins bien (je suis traductrice de profession, il faut quand même que je le précise). D'après moi toujours, mais je n'ai pas de preuves de ce que j'avance, le texte japonais devait contenir le mot anglais "fan" (on utilise beaucoup de mots anglais en japonais, surtout dans le langage moderne), en l'occurrence ici "fan de dessert" et le logiciel, pas de chance, est tombé sur une des traductions possibles du mot anglais "fan" en français, c'est-à-dire "ventilateur" (il aurait aussi bien pu tomber sur "éventail"). C'est à peu près tout ce que j'ai pu élucider... Pourquoi "deseert" la première fois et "dessert" la deuxième, je l'ignore, pourquoi une virgule après A, aucune idée et quant à la syntaxe et à la signification de la dernière phrase...mystère.